Le blog du NPA82

Claude Guéant ne sait-il pas compter sur ses doigts?

« En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd’hui il y en a entre 5 et 10 millions. Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème » Claude Guéant (Claude Néant!) , ministre de l’intérieur,  populiste et sympathisant des thèses et des thèmes de l’extrême droite à ses heures perdues le 4 avril dernier.

 

Il y a moins de musulmans aujourd'hui qu'en 1905. Un rapide calcul l’illustre ; le recensement de 1906 se base sur une population française de moins de 40 millions d’habitants, dont 10% de confession musulmane, soit environ 4 millions. Le ministère de l’Intérieur avance 5 à 6 millions de musulmans sur près de 67 millions d’habitants, soit, environ 8 à 9% de la population totale. Cela devrait suffire pour décrédibiliser les propos du ministre et effacer les fantasmes d'une invasion musulamne.

 

Cependant et pour une nouvelle fois contredire ce sombre individu, l’étude“Trajectoires et Origines”  réalisée par l’institut nationale de la statistique et des études économiques (INSEE) montre que  La France aurait perdu la moitié de ses habitants musulmans depuis 1905!

En 2008-2009, le nombre de musulmans en France est estimé à 2,1 millions et non plus 5 à 6 millions. Ces chiffres, passés inaperçus en octobre dernier, font désormais l’objet de discussions, en plein débat sur l’islam, pardon sur la laïcité.


Pour Patrick Simon, socio démographe à l’INED et un des contributeurs de l’étude :


 « Nous avons défini les musulmans à partir d’une question directe sur la religion, formulée ainsi : “Avez-vous une religion ?” et, en cas de réponse positive : “Laquelle ?”. Sont considérées comme “musulmanes” toutes les personnes ayant fait référence à l’islam dans leur réponse, quelles que soient leurs origines ou leurs pratiques. Certains n’avaient pas de parents “musulmans” (déclarés par eux comme musulmans) mais se sont dits musulmans. D’autres, plus nombreux, ont eu un ou deux parents musulmans mais se sont déclarés sans religion ou, plus rarement, d’une autre confession. Les personnes de “culture musulmane”, c’est-à-dire venant d’une famille musulmane mais se déclarant sans religion, ne sont donc pas comprises dans notre population. En revanche, on observe une proportion non négligeable de personnes se déclarant musulmanes et pour qui la religion n’a pas d’importance dans leur vie et qui n’ont pas de pratique religieuse. Ces derniers peuvent être également qualifiés de “musulmans culturels”. Ils sont néanmoins comptabilisés, car ils se sont déclarés comme “musulmans”.

Le chiffre de 2,1 millions que nous obtenons diffère des estimations habituelles pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nous ne recueillons l’information que pour les personnes âgées de 18 à 50 ans mais le chiffre total de musulmans inclut également les plus de 50 ans et les moins de 18 ans. Par ailleurs, la plupart des estimations sont fondées sur l’origine des personnes et non sur leur déclaration en matière de religion. Sont considérés comme “musulmans” tous les immigrés venant d’un pays à dominante musulmane ainsi que tous les descendants de ces immigrés nés en France. Cela est relativement inexact : d’une part, parce que de nombreux pays à dominante musulmane comprennent des minorités non musulmanes ; d’autre part, parce que tous les habitants de ces pays ne se considèrent pas nécessairement comme ayant une religion.

C’est encore plus vrai pour les descendants nés en France. Entre 20 et 30 % des descendants d’immigrés du Maghreb nés en France se disent sans religion. Doivent-ils être considérés de “culture musulmane” ? C’est une question intéressante du point de vue de la sociologie de la religion mais, d’un point de vue démographique, nous avons retenu une définition plus étroite où nous respectons la déclaration des personnes. Il en va de même pour les catholiques.

Les chiffres de 5 ou 6 millions sont surestimés, mais l’enjeu d’arriver au “vrai” chiffre du nombre de musulmans en France est assez limité. S’il s’agit de montrer que l’islam est devenu une religion importante en France : même 2,1 millions de musulmans suffisent à valider cette idée puisque l’islam se trouve être la deuxième religion après le catholicisme. Il est plus intéressant de notre point de vue de travailler sur la transmission religieuse, le profil de ceux qui se disent très religieux ou moins religieux, les pratiques qui y sont associées et les “chances de vie” déterminées par l’investissement religieux. Notre enquête aborde très directement la question des discriminations et il est démontré que les personnes se déclarant musulmanes y sont plus exposées que les autres. Il s’agit de comprendre pourquoi et comment. »


En août 2009, l’Institut français de l’opinion publique (IFOP) a publié une étude (« Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’Islam en France ») dans laquelle sont analysées les données cumulées dans les sondages globaux entre 2005 et 2009, soit 135 enquêtes ; et les enquêtes réalisées depuis 1989 auprès des « personnes d’origine musulmane ». L’IFOP reconnaît qu'il « n’existe pas de statistiques permettant de construire à proprement parler, un échantillon sur quotas de cette population » (âge, sexes, professions, etc.) et qu'il a donc fallu extrapoler.

 

Les musulmans (définis comme tels par eux-mêmes) se divisent en trois catégories :

-         croyants et pratiquants pour 33 % (contre 16 % pour les catholiques).

-         croyants pour 38 % (contre 57 % pour les catholiques).

-      d’origine musulmane pour 28 % (contre 27 %) en 2007.

 

Le port du foulard (si problématique pour un certain nombre de personnes) est beaucoup plus répandu chez les plus de 50 ans (30 %) que chez les moins de 35 ans (8 % seulement).

 

Un autre élément relevé, la jeunesse :

-         les moins de 15 ans représentent 35 % des musulmans (contre 16 % pour l’ensemble de la population) et les 15-24 ans 28 % (contre 16 %).

-         les personnes âgées sont moins nombreuses : les plus de 50 ans représentent 13 % des musulmans (contre 42 % pour l’ensemble des Français)

 

Enfin, dernière caractéristique et peut-être la plus importante, la sur-représentation des catégories populaires chez les musulmans : les employés, ouvriers et inactifs (étudiants, chômeurs, etc.) représentent plus de 70 % des musulmans (contre 45,5 % de l’ensemble de la population).

 

Des chiffres à retenir et à méditer.

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