Le blog du NPA82

Construire, ouvrir, renforcer le Front de gauche

« Il est urgent d’accueillir aux côtés des partis constitutifs du Front de gauche tous ceux qui souhaitent être partie prenante de la construction de ce grand mouvement populaire. » Par Janette Habel, Pierre Khalfa et Evelyne Sire-Marin, membres du Conseil national de campagne du Front de gauche.

Photos : DR

 

Nous avons participé avec enthousiasme à la campagne du Front de gauche, sans être militants d'aucun des partis qui le composent et nous voulons prolonger ce combat, alors que la défaite de Nicolas Sarkozy ouvre une nouvelle période politique. Par son mode bonapartiste de gouvernement, sa course effrénée derrière le Front national, sa volonté de remettre en cause les fondements même des compromis sociaux issus de la seconde guerre mondiale, le Président sortant représentait un danger pour la démocratie. Mais la victoire de François Hollande, si elle ouvre bien des perspectives nouvelles, est loin de permettre de résoudre les problèmes que cette élection a mis en évidence, alors que le fort pourcentage de Marine Le Pen montre qu’une partie de l'électorat populaire croit trouver dans la xénophobie du Front national une solution à ses problèmes sociaux et à ses angoisses.

« L’austérité peut ne plus être une fatalité », a dit François Hollande le soir de son élection. Si l'on doit lui donner acte de cette affirmation, il faut cependant se rappeler que le programme du nouveau Président reste entaché par les dogmes du néolibéralisme qui ont partout mené à la catastrophe. Ainsi en est-il de sa volonté d’arriver à un équilibre budgétaire en 2017, qui l'obligera à couper massivement dans les dépenses publiques si la réforme de la fiscalité se révèle être a minima. Vouloir à tout prix réduire les déficits publics en période de stagnation économique n’aura pour effet paradoxal que de les accroître. Pourquoi d’ailleurs vouloir renégocier le Pacte budgétaire Merkel-Sarkozy si c’est pour en appliquer la principale disposition, l’exigence de l’équilibre budgétaire ? Et pourquoi ne pas soumettre ce traité à un référendum ?

Le programme défendu par le Front de gauche avait l’ambition de répondre à un enjeu majeur, celui de sortir la France de l’emprise des marchés financiers pour amorcer un nouveau mode de développement fondé sur la satisfaction des besoins sociaux, la réduction des inégalités et le respect des impératifs écologiques. La dynamique populaire qui s’est manifestée durant sa campagne a été le signe que ce programme de lutte contre les politiques néolibérales entrait en résonance avec des préoccupations profondes de nos concitoyens. Donné à moins de 5 % au début de la campagne électorale, Jean-Luc Mélenchon termine à plus de 11 % des suffrages malgré l'intense pression du vote utile. Pour celles et ceux qui veulent, à gauche, transformer la société, une nouvelle force politique a émergé qui peut avoir comme ambition de devenir majoritaire à gauche dans l’avenir. Il importe que les élections législatives à venir confirment et amplifient ce mouvement.

Deux questions doivent être cependant traitées pour que le processus prometteur de la campagne présidentielle ne s’enlise pas. La première concerne le rapport au gouvernement et l’orientation politique future du Front de gauche. Le Front de gauche doit clairement indiquer qu’il a vocation à gouverner et qu'il n'est pas simplement une force de protestation. Il doit cependant se poser la question de savoir si, eu égard au programme du Président et du rapport de forces qui est sorti des élections, la présence de ministres issus de son sein peut l’infléchir significativement. En l'état actuel, le Front de gauche ne peut participer au gouvernement. Il doit garder toute son indépendance.

Politique d'austérité ou politique de priorité à l’emploi et au partage des richesses ? Le budget 2013 sera décisif pour en juger. Mais la réponse dépendra aussi de notre propre capacité à faire prévaloir les solutions dont nous sommes porteurs. Le Front de gauche devra peser sur les orientations du gouvernement en s'appuyant sur les mobilisations sociales. Mais en tout état de cause il devra refuser un budget d’austérité. En revanche il devra soutenir toute mesure permettant de libérer le pays de l’emprise des marchés financiers, de contribuer à la transition écologique, de promouvoir les droits, l’égalité entre les hommes et les femmes, de renforcer les services publics et d’améliorer les rapports de forces des salariés vis-à-vis du patronat.

La seconde question  concerne la structuration du Front de gauche, qui doit dépasser sa forme actuelle de cartel électoral car il a su créer une dynamique de rassemblement, au delà des partis qui l'ont fondé. Non seulement, il regroupe en son sein, fait historique à gauche, des organisations très diverses par leur histoire et leur culture politique, mais il a été capable d'attirer dans la campagne électorale des milliers de personnes qui n’appartiennent à aucune de ses composantes, comme c'est le cas des signataires de cette tribune. Il importe de conforter cette double dynamique. Il faut donc permettre l'adhésion individuelle directe au Front de gauche, pour faire vivre et grandir l'espérance citoyenne qu'il a fait naître.

Nous proposons donc dans un premier temps de transformer les « assemblées citoyennes » et les différents regroupements qui ont participé à la campagne en comités du Front de gauche, regroupant les adhérents des organisations et les non encartés. Il est urgent d’accueillir aux côtés des partis constitutifs du Front de gauche tous ceux qui souhaitent être partie prenante de la construction de ce grand mouvement populaire. Il faudra ensuite réfléchir sur leur représentation au niveau national. Au-delà, dès cet été, il faut organiser une initiative politique commune à toutes les composantes du Front de gauche pour tirer les leçons de son expérience unitaire et pour penser son avenir.

 

Tribune parue dans Médiapart

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