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Déclaration de la Gauche anticapitaliste, le 12 février 2012

Déclaration de la Gauche anticapitaliste, le 12 février 2012

adoptée à l'unanimité par les délégué-e-s réunis à Paris.

 


1/ Dans un contexte de crise globale du capitalisme, la zone euro et la France sont fortement frappées. Ce qui se traduit par une accentuation des remises en cause des conquêtes sociales, la généralisation des politiques d’austérité, l’imposition par les marchés, de gouvernements menant des politiques ultralibérales alors même que la crise apparaît comme le produit de ces mêmes politiques. La Grèce subit plans d’austérité sur plans d’austérité, tandis que les gouvernements de plusieurs États de l’Union Européenne ont été imposés par les marchés et choisis parmi le personnel de l’oligarchie capitaliste. Dans beaucoup d’États de l’Union Européenne, des pressions populistes et des progrès de l’extrême droite pèsent sur le champ politique.
Dos au mur, peuples, jeunes et travailleurs ont du mal à trouver le chemin de la riposte. Les grèves et les manifestations qui ont secoué divers pays capitalistes « avancés » ainsi que le mouvement des indignés indiquent cependant le potentiel de mobilisations.
A cette situation déjà lourde de menaces, s’ajoute une crise écologique d’une ampleur sans précédent. Catastrophe nucléaire, crise énergétique, menace climatique, pollutions généralisée, crise d’extinction des espèces… c’est finalement la capacité même de l’humanité à vivre décemment sur cette planète qui est en jeu.
Dans cette situation confuse, se mêlent poids des défaites passées et prise en compte de nouvelles réalités produites par un monde transformé par la mondialisation, comme l’illustrent la profondeur mais aussi les limites des révolutions qui secouent la rive sud de la Méditerranée.
La construction d’une alternative anticapitaliste, écologique, féministe, antiraciste, démocratique et internationaliste est, dès lors, décisive. La généralisation de luttes, de grèves, de mouvements sociaux est la condition sine qua non d’un déblocage de la situation.
Mais sans construction immédiate d’une réponse politique à la hauteur des défis, ces mouvements s’étioleront et ne parviendront pas à inverser les rapports de force.
Il s’agit dès maintenant, de construire un bloc de gauche anti-crises, dans la rue comme dans les urnes, candidat au pouvoir pour appliquer, en relation étroite avec l’auto-activité des masses, un programme de rupture avec le capitalisme.
La violence des attaques à venir, en particulier sur le terrain de l’austérité et quel que soit le vainqueur de la présidentielle, implique des tensions sociales et politiques, des possibilités de mobilisation d’envergure, des reclassements politiques à gauche et dans le mouvement ouvrier en deux lignes contradictoires : l’adaptation ou la résistance. Grand angle, notre proposition de bloc de gauche anti-crises répond à cet objectif : la construction d’une réponse politique unitaire, d’un front de résistance face aux crises économiques, écologiques et démocratiques du capitalisme et à l’emprise croissante du FN dans les classes populaires.
En cas de victoire de Hollande, il a vocation à rassembler tous ceux qui, à gauche, ne se reconnaissent ni dans le gouvernement, ni dans sa majorité parlementaire.
 
2/ Cette construction d’un bloc de gauche anti-crises est à la fois impérative et en même temps complexe, dans une situation de dégradation du rapport de forces, y compris à la gauche de la gauche. Ce bloc doit répondre à la triple crise qui frappe le système capitaliste : économique, écologique et démocratique. Pour satisfaire les objectifs que nous nous sommes fixé les 5 et 6 novembre, il s’agit à terme de la mise en œuvre d’un bloc, alliant courants politiques (de l’extrême gauche anticapitaliste aux réformistes de gauche anti-libéraux issus du mouvement ouvrier), animateurs et animatrices de mouvements sociaux, syndicalistes, militants des quartiers populaires, intellectuel-les critiques, mouvements de jeunes, courants écologistes radicaux autour d’un programme de rupture sur les questions sociales, démocratiques et écologiques. Il s’agit pour nous d’une construction politique qui ne se résume pas à un cartel électoral, mais qui marie alliances de courants politiques et organisation en comités (ou en assemblées à la base), de tous celles et ceux qui partagent ces objectifs.
Dit autrement, cet objectif général ne peut au stade actuel se traduire mécaniquement par un choix tactique mais reste à construire. Tout le problème est de savoir à partir de quelles forces on s’oriente vers cet objectif. Une telle construction ne surgira pas ex-nihilo ; il s’agit d’ores et déjà de s’engager en ce sens dans une politique de regroupement. La réunion du 11 février qui a rassemblé outre nous-mêmes et des animateurs du mouvement social, la FASE, les Alternatifs, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire, Convergences &Alternative, la direction du NPA et la direction du PCF, est un premier pas dans ce sens.
Les derniers contacts montrent que des animateurs et animatrices significatifs du mouvement social se posent le problème de la nature de leur association à cette démarche, même si le problème déterminant d’un engagement conjoint de la gauche sociale, en particulier syndicale et politique, reste à construire et prendra du temps. Si la dette, le refus de l’austérité, la lutte démocratique contre la dictature des marchés, la sortie du nucléaire et la transition énergétique apparaissent comme des questions-clés, le programme d’un tel bloc reste largement à écrire.
 
De cette analyse découlent deux conclusions qui fondent une réorientation unitaire globale de notre courant, que nous mettons en œuvre dès maintenant et proposons au NPA et à toutes les forces disponibles pour s’engager résolument dans cette direction :
l’insertion des anticapitalistes dans un bloc de gauche large anti-crises
la construction d’un pôle, à l’intérieur de ce front anti-crises, d’une nouvelle force anticapitaliste, plus large politiquement que le NPA, c’est-à-dire ne se résumant pas à l’unité des révolutionnaires ; un pôle qui rassemble les anticapitalistes écologistes animés de la volonté de refondation d’un programme et d’une stratégie de rupture avec le système. Des forces sont disponibles à l’intérieur et à l’extérieur du Front de Gauche pour cela. A nous, après la rencontre du 11 février, de prendre les initiatives visant à les regrouper. Il va de soi que nous souhaitons que le NPA, comme le maximum de ses militants, participent à cette démarche.
Nous, les membres de la GA au sein du NPA œuvrerons donc en ce sens, afin que la rupture avec l’orientation actuellement suivie par sa direction soit la plus majoritaire possible. Ce qui implique la tenue d'une échéance nationale « extraordinaire » à une échéance très rapprochée.
 Ces deux aspects : insertion dans un front large et travail de regroupement des anticapitalistes au sein de ce front sont indissociables. L’un sans l’autre nous déséquilibre : soit la dissolution dans un front large, soit la marginalité dans de petites forces (dont nous-mêmes) vaillantes mais sans écho politique réel.

3/ La présidentielle est toujours un moment décisif dans les rapports de force vu la nature particulière de cette élection.
Malgré l’impopularité de Sarkozy, la droite n’est pas battue d’avance contrairement à ce que semble penser l’état major socialiste. Ne serait-ce que parce que dans le domaine des réponses à la crise, la campagne Hollande est incapable de faire vraiment la différence et de bloquer la surenchère droitière et provocatrice menée par l’UMP : TVA sociale, 35 heures,  « valeur » des civilisations… Hollande compte sur le rejet du pouvoir en place (qui a fonctionné dans d’autres pays européens dans les deux sens) et laisse de l’espace à la fois à Bayrou et à une emprise manifestement forte du FN dans une partie des classes populaires.
Dans cette situation, nous ne disposons pas de tous les éléments puisque nous ne connaissons pas les candidatures qui iront jusqu’au bout, dont la candidature Poutou. C’est pourquoi, la discussion se poursuit dans la Gauche anticapitaliste jusqu’à notre réunion nationale des 17 et 18 mars.
Cela dit, la plupart des éléments politiques sont d’ores et déjà à notre disposition :
Il est décisif du point de vue des rapports de force généraux de ne pas hésiter une seconde sur la nécessité de battre la droite, une droite de plus en plus poreuse aux idées du FN et qui ne pourra gagner qu’avec l’appui de l’électorat de celui-ci.
Les déclarations récentes de Claude Guéant que la « hiérarchisation des civilisations » impose une riposte unitaire sur le terrain de l’antiracisme et de l’anticolonialisme.
Il faut constater une nouvelle fois l’incapacité social-libérale, empêtrée dans une logique de gestion d’un système qu’elle a contribué à construire, à répondre aux défis posés par la crise.
Il faut également constater la faillite du projet écologique porté par EELV, rendu impuissant par un processus d’alignement systématique, en dernière instance, sur l’alliance avec le social-libéralisme.
Les candidatures Poutou et Arthaud sont en situation d'échec. L’impasse de la campagne Poutou, votée majoritairement par le NPA, est patente et grave. Elle apparait au mieux comme une candidature marginale de témoignage, impuissante, au pire, comme une candidature inutile et inaudible. Les conséquences, tant sur nos franges sympathisantes que plus largement auprès des couches de la population attentives à notre discours, à nos explications, à nos mots d’ordre, sont catastrophiques.
C’est la preuve que l’isolement et l’absence de réponses à la hauteur de la gravité de la crise, rendent inaudibles ces candidatures. C’est pourquoi nous avons proposé, sans succès, au Conseil Politique National (CPN) du NPA, d’arrêter cette expérience peu concluante.
La pression du vote utile rend l’existence de l’espace à gauche du PS, déjà rétréci par les échecs unitaires, difficile.
La candidature de Mélenchon est la seule à exister à une échelle de masse avec des meetings nombreux, une présence médiatique, un niveau d’intentions de votes crédible. Malgré des contenus avec lesquels nous sommes en désaccord (nostalgie de l'Union de la Gauche et Jospin, place de l'internationalisme, de la république...), cette campagne se situe très largement sur le plan social et écologique en alternative au PS. Elle partage beaucoup de nos revendications en particulier, cette question-clé de savoir qui paiera la facture de la crise. Les dernières déclarations du candidat sur sa non-participation gouvernementale sont claires sans que les ambiguïtés relevant de la direction du PCF soient pour autant levées. De tous ces points de vue, la candidature de Mélenchon est un succès et nous  considérons positivement la dynamique créée par cette campagne dans une situation particulièrement difficile.

 4/ Les législatives.
Le paysage politique va se décanter en ce qui concerne la campagne des Législatives. Non seulement parce que nous saurons d’ici quelques semaines qui l’emportera en mai mais aussi, en cas de victoire du PS, qui composera un gouvernement sous la présidence de Hollande. Ce qui devrait trancher la question de l’indépendance par rapport au social-libéralisme. Les premières mesures du gouvernement seront annoncées ainsi que le contenu d’une éventuelle renégociation avec Merkel du futur traité européen. Bref, nous serons devant une nouvelle donne.
Les réformes institutionnelles de Jospin/Chirac ont effacé les élections législatives en subordonnant celles-ci aux résultats des élections présidentielles. Le mode de scrutin majoritaire écrase par ailleurs les petits courants politiques. La plupart des partis dont le Front de gauche se sont certes, d’ores et déjà, réparti les circonscriptions. De ce constat pourrait découler une attitude spectatrice de ces élections en jugeant que tout est joué.
Mais nous devons considérer que les résultats de la Présidentielle peuvent faire rapidement bouger les lignes, que des initiatives peuvent être prises dans notre sens ou dans le sens inverse qui accentuent les fractures potentielles.
De ce fait, prendre au sérieux notre orientation, c’est mener une bataille publique dès aujourd’hui pour des accords de rassemblement pour ces élections de juin prochain. Nous considérons que toutes les forces voulant battre la droite et l’extrême droite, et se situant en indépendance vis-à-vis de l’orientation défendue par François Hollande, doivent faire entendre ensemble leur voix et peser dans le champ politique électoral, en étant de fait une opposition de gauche aux politiques d'austérité. Le refus de la dette, de l’austérité, le refus de la dictature des marchés financiers, la sortie du nucléaire décidée et contrôlée par la population, la régularisation des sans-papiers sont autant de questions qui font clivage à gauche et qui impliquent de rassembler celles et ceux qui veulent se battre dans la rue et dans les urnes, pour les imposer.
Quels que soient pronostics et résultats, une bataille publique unitaire doit commencer maintenant, elle devrait être menée par la Gauche Anticapitaliste et si possible le NPA dans son ensemble. Cela implique de ne pas tenir compte de la décision votée par le dernier CPN et que les militants du NPA s’emparent dès maintenant localement de cet enjeu. Car, c’est dès les mois de mai et juin, donc également pendant les législatives, que commencent à se construire et à s’incarner un éventuel bloc de gauche anti-crises.
Sous la forme d’accords unitaires, larges ou partiels, ou sous la forme de candidats et de professions de foi se prononçant pour une telle politique, de telles candidatures doivent être proposées et testées dans un maximum de circonscriptions. Pour l’heure, le Limousin reste une exception c’est-à-dire une région où nous sommes engagés justement dans un accord unitaire.
A l’inverse de la présidentielle, les élections législatives permettent de mener une action nationale comme locale. La gauche anticapitaliste, après la réunion du 11 février, va déployer ses efforts en cette direction en poursuivant sa mise en œuvre.
Cela implique une prise de position publique en direction de toutes les forces y compris le Front de gauche, des prises de contact nationales et locales, un travail sur le programme. Nous chercherons à mettre en œuvre cette politique dès maintenant par tous les moyens à notre disposition, dans et en dehors du NPA

 

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