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Félicitations Syriza !

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Cet article a été publié sur le site web de la revue espagnole Viento Sur (Vent du Sud), dirigée par Miguel Romero. Francisco Louçã en est l’auteur. Il est coordinateur de la Commission politique du Bloco de Esquerda (Bloc de Gauche) au Portugal et député. Présent à Athènes avec une délégation de son parti pour soutenir la campagne électorale de Syriza, il a pris la parole aux côtés d’Alexis Tsipras au grand meeting d’Athènes le 15 juin.

L’article est daté du 17 juin, le jour des élections en Grèce. Mais sa portée générale va au-delà de cette échéance pour tous ceux et celles qui considèrent la Grèce comme un enjeu pour toute l’Europe et sa gauche radicale.

 

Dans moins de quatre heures nous connaîtrons les premiers résultats des élections en Grèce. Dans tous les cas de figure, la gauche en sera la grande gagnante avec Syriza.

Si Syriza passe en tête, un tournant décisif aurait lieu en Europe. La mort du mémorandum et la fin du protectorat de la Troïka serait la meilleure nouvelle pour la Grèce et l’Europe. Il est vrai qu’il sera difficile de former un gouvernement de gauche qui puisse mener de nouvelles négociations et récupérer le pouvoir de décision démocratique pour la population grecque, mais un tournant aura bien eu lieu. Et si ce gouvernement peut se constituer – contre toute la coalition du centre et de la droite, contre Merkel, Draghi, Barroso et tous les dirigeants européens – il méritera toute notre solidarité dans toutes ses décisions pour remettre les salaires à flot, défendre les emplois et sauver l’économie de la faillite. Nous répondrons présents.

Mais même si la droite de la Nouvelle Démocratie gagne et forme un gouvernement avec le PASOK et d’autres formations de droite et du centre, la victoire de la gauche n’en sera pas moins remarquable. Car Syriza se sera transformé d’un parti de 4,5% en une force dépassant 25% des suffrages, tout en étant l’unique force du pays s’élevant contre tutelle de Merkel et la barbarie financière. C’est pourquoi Syriza sera une gauche populaire avec une force jamais égalée et restera déterminante pour l’avenir. Si elle ne gouverne pas mintenant, elle continuera à être demain la seule alternative de gouvernement pour la Grèce.

Je recommande à tous les lecteurs et lectrices qu’ils gardent bien cette perspective en tête quand ils liront le résultat des élections, que la gauche gouverne ou que la droite réussisse à se liguer contre elle. Parce que la gauche est la force qui monte, qui rend l’espoir et la confiance, qui répond pour la Grèce et pour l’Europe et qui tôt ou tard prendra en main la direction du pays pour riposter à la banqueroute. Syriza mérite notre appui parce qu’elle a su mener ce combat très difficile. Nous célébrerons sa victoire dans les deux cas parce que nous savons la difficulté de cette lutte et la signification de ces résultats immenses et prometteurs.

Il faut de plus noter quatre grandes défaites dans ces élections.

  1. La défaite des politiques de Merkel et des dirigeants européens. Les peuples n’en peuvent plus. « Ce n’est pas une vie », comme disait un cheminot grec retraité. Et le peuple a répondu. La démocratie vous fait peur, Madame Merkel ? Les timides changements en cours n’auraient jamais eu lieu sans cette voix démocratique. Et pourtant les dirigeants européens veulent les convertir en un tournant autoritaire, accentuant un fédéralisme qui donne tous les pouvoirs à un gouvernement européen, à une « union bancaire », à une « règle d’or » pour contrôler les budgets. Sans détruire cette menace autoritaire, l’Europe ne pourra pas survivre.

  2. Le PS grec est en chute libre et disparaît presque de la carte électorale. Il a appuyé la Troïka, détruit l’économie, s’est soumis au gouvernement allemand – et il en paye le prix. Tant mieux. Le centre se radicalise dans la défense de l’austérité et sa défaite est un objectif pour la gauche.

  3. Le sectarisme est condamné à mort. Le parti communiste grec (KKE) refuse de participer à un gouvernement de gauche contre la Troïka et fait de Syriza sa principale cible électorale. Il est difficile de comprendre comment a ainsi pu dégénérer l’un des principaux partis grecs, avec une histoire héroïque de lutte contre le nazisme et la dictature. Mais le KKE est aujourd’hui une force au comportement réactionnaire, alimentée par le sectarisme. La critique violente que le PC cubain s’est senti obligé de faire publiquement contre le refus du KKE de la perspective d’un gouvernement de gauche n’a servi à rien.

  4. Ceux qui voulaient que la gauche se suicide en militant pour une sortie de l’euro ont perdu. Syriza a rejeté cette orientation et a eu raison. Les Grecs se sont rendu compte que les conseils des économistes fantaisistes pour lesquels la dévalorisation des salaires et des retraites est un bon levier pour renflouer le capital n’apporteraient que le développement du chômage et des difficultés accrues dans la vie quotidienne. Il y un abîme entre ces obsédés de l’accumulation du capital et le besoin de mesures exceptionnelles pour se confronter à Madame Merkel. En aucun cas, la gauche grecque ne peut abandonner sa priorité : défendre le salaire et l’emploi. Le programme de Syriza sert aujourd’hui pour gouverner ou sert demain pour mobiliser et vaincre la Troïka.

Félicitations Syriza !

 

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