Le blog du NPA82

Gauche Anticapitaliste : Un point de vue sur le meeting du Front de Gauche à Montpellier

 

Mercredi soir, le Front de Gauche a réuni pour son meeting à Montpellier plusieurs milliers de personnes. Un point de vue sur ce meeting par des membres du NPA 34, du courant Gauche Anticapitaliste. Ce point de vue engage seulement les auteurs du texte. 


Mercredi 08 février, une salle comble pour le meeting du Front de Gauche à Montpellier.

Certes, le PCF est rodé à l’organisation de meetings régionaux, ses militants ont l’habitude de se déplacer en bus à de telles occasions. Lors de la campagne régionale en Languedoc, réunissant notamment le NPA et le FDG, le meeting de lancement avait déjà réuni plusieurs milliers de personnes. Lors de la précédente présidentielle, malgré un score électoral faible au final, les meetings de M.G. Buffet étaient assez gros.

Ceci-dit, hier soir, la participation allait très au-delà du public traditionnel du PCF. Midi Libre (voir ici), reprenant le chiffre des organisateurs, annonce ainsi 9000 participants (mais 6000 nous paraît être une estimation plus proche de la réalité).  Nous avons pu y croiser toutes les générations et la plupart des militants actifs dans les mouvements sociaux. De nombreux collectifs (dette, antiracisme, de soutien aux sans-papiers…) avaient ainsi fait acte de présence. Cependant, pratiquement tous étiquetés par des pancartes pré-dessinées FDG, leur apparition ne reflétait pas la diversité politique et la dynamique unitaire de ces collectifs. Beaucoup de sympathisants du NPA, d’anciens ou actuels adhérents, étaient aussi présents. Le large public que nous réunissions au moment de la fondation du NPA était hier au parc des expos.  Beaucoup de curieux venus voir, mais aussi une adhésion perceptible au discours du candidat du FDG.

 

Convergences et désaccords

JL Mélenchon nous avait habitué à des envolées lyriques, au style parfois désuet et à une gestuelle provocante qui témoignaient d’un talent d’orateur incontestable, à condition évidemment d’apprécier le genre. Cependant, le creux des propositions était au final difficilement camouflé derrière des effets de tribune soigneusement calculés. Mercredi soir, il y avait certes une mise en scène, cette politique spectacle parfois un peu tapageuse, mais JL Mélenchon est cependant apparu moins « bateleur de foire » et beaucoup plus précis et « pédago » dans ses explications notamment sur la question de la dette. Comparant sa campagne à un moment d’éducation populaire, il a pris le temps de développer ses propositions politiques.

Le candidat du FDG a dans un premier temps dénoncé la politique de la droite, tant sur sa politique antisociale que sur les déclarations xénophobes d’un Guéant. Il s’est attaqué à l’extrême droite, a dénoncé le capitalisme,  a insisté sur les effets de la crise, les conditions de vie dégradées, la casse des services publics... Il s’est moqué du programme du PS. Il a évoqué le jour où « les chaines seraient brisées », en faisant référence aux révolutions arabes et mouvements de protestations qui traversent le monde.  Il a  longuement salué le drapeau rouge. On ne notait d’ailleurs qu’un seul drapeau tricolore dans la vaste salle, pour beaucoup de drapeaux rouges, occitans, ou des organisations du FDG. Il a salué les délégations des entreprises en lutte, les combats ouvriers... On peut penser que les campagnes de Besancenot en 2002 et 2007 ont été soigneusement observées par le représentant du FDG.  

Evidemment, on trouvera des éléments critiquables lorsque par exemple JLM dénonce la suppression de postes dans l’éducation, la santé mais aussi... dans la police. Mais, globalement, sur cette première partie du discours, celui de la dénonciation du capitalisme et des politiques menées, les points communs avec le discours du NPA sont très nombreux.

La seconde partie du discours portait sur les propositions du FDG. Certaines sont semblables aux nôtres comme sur la nécessité de renforcer les services publics ou sur la sortie du traité de Lisbonne. Sur d’autres, par contre, on en reste souvent à des propositions certes antilibérales mais qui ne remettent pas en cause le cœur du système capitaliste. Sur la question de la dette, par exemple, JLM insiste beaucoup sur l’idée que ce problème serait réglé si la BCE pouvait prêter directement aux Etats évitant à ceux-ci de devoir emprunter sur les marchés financiers à des taux d’intérêts exorbitants. On peut être d’accord sur le principe mais cela fait l’impasse sur plusieurs problèmes. Ce système existe aux Etats-Unis, en Angleterre, au Japon, et si la question de la dette s’y pose de manière moins brutale qu’ici, la situation sociale n’y est guère meilleure. Surtout, ce qui apparaît comme une mesure réaliste, technique, facile à mettre en œuvre, nécessite en réalité un rapport de force conséquent et un affrontement avec les classes dominantes en Europe. Il s’agît, ni plus ni moins, que de revenir sur le traité de Maastricht et d’imposer au 27 pays de l’UE, et notamment à l’Allemagne, de s’entendre malgré leurs intérêts divergents, pour changer radicalement de politique monétaire. A ce niveau de rapport de force, il nous semble plus utile, comme nous le faisons dans le cadre de la campagne unitaire pour un audit citoyen, d’insister sur l’illégitimité de la dette et sur la nécessité d’un moratoire en vue de son annulation. Dans la même veine, on peut s’interroger sur l’utilité de revendiquer un droit de véto des salariés sur les licenciements sans l'associer à la revendication de l'interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits ou délocalisent. Ces deux mesures sont tout autant inacceptables par le patronat. Mais, la première a l’inconvénient de mettre les salariés dans une position difficile dès lors que l’on reste dans une économie où la concurrence joue à plein quand la seconde établit une règle claire.

De plus, nous ne pouvons partager l'aspect "cocardier" de Mélenchon, les références incessantes à la "patrie", "la république" sans autre précision,  l'adresse aux "francais francaises ", qui gomme tout critère de classe. De plus il a été assez peu précis sur les revendications  sociales d'urgence et  la dimension écologique était totalement absente de son discours.

Enfin y a souvent contradiction entre les discours et une posture radicale  en meeting et d’autres déclarations ou la réalité des pratiques. On est en total désaccord avec ses déclarations à France Inter sur son « ami » Dassault lorsqu’il se félicite de la vente des avions Rafales à l’Inde. Comment peut-on s’opposer au libéralisme et voter avec le PS et le MODEM toutes une séries de mesures libérales comme le font les élus du PCF à la mairie de Montpellier ?

Plus globalement, la question du rapport au PS reste une divergence importante. JL Mélenchon a affirmé qu’il n’irait pas dans un gouvernement dominé par le PS mais la principale force du FDG, le PCF, reste dans le flou sur ce sujet. Pourtant, il n’y a pas d’incertitude sur ce que fera Hollande s’il arrive, et on peut l’espérer, à battre Sarkozy. 

 

Pour un front contre les politiques d'austérité

Malgré tout, en opposition aux politiques d’austérité menées en Europe tant par la droite que par les PS, les convergences sont nombreuses entre le programme des anticapitalistes et celui des antilibéraux.  Dans le contexte actuel, contre les deux versions, « soft » (PS)  ou « hard», (UMP) d’une même politique de soumission aux marchés financiers, (avec une forte extrême droite qui apparaitrait comme la seule force d'opposition), il est essentiel qu'existe une gauche radicale avec un programme alternatif, qui pèse sur le champ politique. 

Alors que le NPA est en difficulté et ne remplit pas le rôle qu’il s’était fixé lors de sa fondation,  il est positif qu’existe, malgré ses limites et nos divergences, un mouvement politique capable de peser à gauche du PS.

Face à l’austérité de droite comme face à celle que mènerait le PS, il est nécessaire de construire une opposition de gauche rassemblée, politique et sociale. Seul un tel rassemblement, un front de défense des travailleurs et des populations contre la crise et l’austérité, aurait l’audience et la capacité d’action pour peser et tenter d’inverser les rapports de force. C’est une telle politique de rassemblement que propose le courant Gauche Anticapitaliste (courant unitaire pour l’éco-socialisme) et qu’a adopté le NPA 34 lors de son congrès départemental en décembre 2011.

Ce week-end à Saint-Denis, (voir ici) un forum est organisé à l’initiative de la Gauche Anticapitaliste et il rassemblera les représentants des forces politiques à gauche du PS, du NPA jusqu’au PCF ainsi que des acteurs des mouvement sociaux. L’objectif de cette réunion est de faire un pas, malgré les difficultés de la période électorale, vers la constitution de ce bloc anti-austérité.

Pour les prochaines législatives, le NPA 34 propose d’arriver à des accords unitaires rassemblant les forces politiques de gauche qui n’iront pas au gouvernement ou dans la majorité avec le PS. Nous ne pouvons que regretter le choix unilatéral du FDG de refuser ce cadre unitaire que nous avions construit lors des régionales en Languedoc-Roussillon dans la liste « A Gauche Maintenant ». Nous ne renonçons pas pour autant à le proposer. Dans tous les cas, nous serons présents, soit dans le cadre de candidatures de rassemblement, soit sous nos propres couleurs, avec comme objectif de construire une opposition de gauche aux politiques d’austérité et une alternative éco-socialiste au capitalisme.

 

Sophie Biétrix, Jean Claude Carcenac, David Hermet, membres du conseil départemental du NPA 34 et du courant "Gauche Anticapitaliste"

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