Le blog du NPA82

Grèce : l’explosion sociale

manif-Athenes-12fev2012.jpg

Dimanche 12 février, plus de 80 000 personnes se sont rassemblées à Athènes pour refuser le nouveau train de mesures de misère que le gouvernement dit d’union nationale a fait semblant de marchander avec la troïka (FMI, Union européenne, Banque européenne).

Ce dimanche soir, les interventions des députés au Parlement ont quelque chose d’irréel : toute la semaine, des dizaines de milliers de travailleurEs se sont mobiliséEs partout dans le pays, sous diverses formes. Et comme si de rien n’était, 199 députés viennent de voter le plan, avec sa mesure symbolique : baisse de 22 % du Smic, se traduisant pour les jeunes travailleurEs par une baisse encore plus forte qui les doterait d’un salaire d’environ 500 euros.

En même temps que l’enfoncement du pays dans la misère – on ne compte plus les initiatives de solidarité avec les sans-logis, les pauvres de toute provenance –, il faut prendre en compte la crise politique qui s’accélère, avec pourtant un vide à gauche qui pourrait ouvrir la voie à des perspectives bien peu démocratiques.

Un sondage paru ce jour dans Paron tis Kyriakis donne plusieurs éléments : d’abord, 48 % des sondés préfèrent la faillite du pays et 38 % la refusent. Ce chiffre renforce à sa manière ce que la gauche radicale et anticapitaliste dit depuis des mois : les mémorandums et autres mesures non seulement appauvrissent la population, mais elles n’ouvrent aucune perspective de relance, contrairement à ce que claironnent les héraults libéraux ! Ce constat est aujourd’hui largement partagé, y compris par des « compagnons de route » de la social-démocratie traditionnelle.

Mais les pourcentages de vote pour les partis sont aussi impressionnants : le Pasok, largement élu en 2009, passe au quatrième rang avec 8, 7 %, la droite arrivant en tête avec 21, 4 %. En second une scission droitière et inexistante du Synaspismos emporterait 13, 7 %, et en troisième Syriza avec 8, 8 %. Le KKE (PC grec) arrive à 7, 1 %, l’extrême droite Laos tombe à 3, 9 %. Ces chiffres rendent compte non d’un vote demain, mais surtout de l’affolement des boussoles politiques en une très courte période : les pertes des trois partis au gouvernement sont impressionnantes, et on comprend que chacun veuille faire de la surenchère dans le faible espace que leur laisse leur servilité aux règles du capitalisme ! D’où la sortie théâtrale du Laos du gouvernement, avec appel à l’aide de Dieu : opération pour l’instant ratée pour les copains grecs des Le Pen, mais qui ne réjouit pas puisque les fascistes ayant été adoubés par leur entrée au gouvernement, 2, 8 % de la population voteraient désormais pour le groupuscule néo-nazi de Chryssi Avgi...

Face à cela, pour offrir des perspectives à gauche, il est vital de se démarquer des réactionnaires sur un terrain vaseux, celui du nationalisme, or, les références au patriotisme (un nouveau front anti-mémorandum vient de se créer, associant Theodorakis, le résistant Glezos, le nationaliste fondamentaliste Papathemelis, le groupe KOE de Syriza...) sont disputées par le Premier ministre Papademos effrayant les téléspectateurs sur le risque de dissolution de la patrie si les plans ne sont pas approuvés, et Tsipras, dirigeant de Syriza, parlant de la nécessaire union sociale et patriotique. C’est évident : dans ce qui reste un jeu politicien, les travailleurEs n’ont rien à gagner.

Mais pour l’emporter, il faut des mobilisations pertinentes. La semaine écoulée a été un exemple parfait des entraves à l’action que constituent les directions syndicales (GSEE, Adedy) liées au Pasok. En effet, il était difficile de ne rien faire face à la catastrophe sociale du projet de mémorandum n° 2. Pourtant, il a fallu attendre lundi 6 février pour que la confédération donne une consigne de grève générale pour… le lendemain ! Malgré tout, plus de 20 000 personnes manifestaient à Athènes le 7 ! Et rebelote le 9, avec un mot d’ordre de grève les jours suivants. Il va de soi que dans le contexte de chantage des instances que sont le FMI ou l’UE, il fallait depuis au moins deux semaines appeler à une grève générale reconductible !

Et pourtant, les initiatives locales n’ont pas manqué cette semaine, comme le note le journal Epochi : occupations de ministères (Travail, Économie, Santé …), de conseils régionaux (îles ioniennes, Thessalie...), du centre électrique de Megalopolis, de la mairie de Holargos, distribution de lait par les producteurs à Preveza, manif de 25 000 personnes à Iraklio… Sans oublier les syndicalistes de la droite, qui ont manifesté devant le siège de leur parti pour protester contre l’accord de leur chef Samaras au mémorandum.

Face à cette mobilisation sociale prolongée, et en dépit des difficultés (malgré leurs déclarations « sociales », les patrons grecs sont ravis de pouvoir baisser les salaires, et ils le font !), ce gouvernement repose en dernier lieu sur l’appareil répressif, et il ne s’en prive pas : lundi encore les violences policières ont été fortes, réussissant à envoyer à l’hôpital deux légendes vivantes, le grand compositeur Theodorakis, et le résistant antinazi Glezos… Exiger la dissolution des CRS grecs, les MAT, et des corps parallèles infiltrant les fameux « encagoulés » fait partie des nombreuses tâches urgentes !


Andreas Sartzekis, Athènes, le 12 février

Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 136 (16/02/12)

 

Mélenchon et Besancenot devant l'ambassade de Grèce (Reuters)

 

PARIS (Reuters) - Plusieurs centaines de personnes ont manifesté lundi soir devant l'ambassade de Grèce à Paris pour exprimer leur solidarité avec la population après le vote d'un nouveau plan d'austérité par le Parlement grec sous la pression de la zone euro.

Parmi elles se trouvaient Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle, et l'ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) Olivier Besancenot.

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, venu lui aussi faire part de sa solidarité, a été expulsé d'une façon musclée par des manifestants de la "gauche de la gauche", mais a pu parler devant les caméras non loin de là, dans le XVIe arrondissement.

Jean-Luc Mélenchon a assuré lors d'une prise de parole que le plan d'austérité appliqué à la Grèce pourrait l'être "exactement de la même manière en France".

"Ceci sera décidé à l'Assemblée nationale le 21 février prochain quand passera à l'Assemblée nationale le Mécanisme européen de stabilité financière qui, s'il est approuvé, conduira à ce que nous soyons nous aussi soumis à la vindicte de la troïka de la Banque centrale européenne, du FMI et de la Commission" européenne, a-t-il dit.

Olivier Besancenot a assuré qu'il aurait été "clairement sur les barricades" s'il s'était trouvé dimanche en Grèce, où une nuit de violence a opposé forces de l'ordre et adversaires des nouvelles mesures.

"Le parlement grec, hier, n'a été finalement que la succursale du Fonds monétaire international, de la Banque centrale européenne et du système bancaire européen", a-t-il dit aux journalistes.

"On est venus pour réclamer, comme mesure immédiate, l'annulation de la dette grecque et, au-delà de la Grèce, car c'est une question qui touche tout le monde, une grande enquête citoyenne, un audit, sur les dettes européennes pour savoir qui spécule sur quoi", a-t-il ajouté.

Nicolas Dupont-Aignan a protesté contre son expulsion du rassemblement, affirmant que les organisations de gauche "n'ont pas le monopole du soutien au peuple grec."

"Je suis le seul à demander la sortie de l'euro pour la Grèce, qui est le seul moyen de les sortir de la difficulté", a-t-il dit.

La candidate écologiste à la présidentielle Eva Joly se rendra pour sa part en Grèce vendredi, a-t-elle annoncé dans un communiqué.

Elle estime sur son compte Twitter que "la résolution de la crise ne peut pas passer par l'appauvrissement du peuple" et préconise notamment de lutter contre la fraude et de réduire le budget militaire.

"Eva Joly s'apprête à partir en Grèce à la rencontre de la population pour dire notre volonté d'une Europe lucide mais solidaire", dit la secrétaire nationale d'Europe écologie-Les Verts, Cécile Duflot, sur son compte Twitter.

 

Gérard Bon, édité par Henri-Pierre André

 

 

Samedi 18 février : manifestations de solidarité avec le peuple grec dans de nombreuses villes en France. A Paris, le rassemblement est prévu à 14 heures au Parvis des Droits de l’homme (métro : Trocadéro).


Solidarité avec le peuple grec - Non à l’Europe de l’austérité !

Communiqué Solidaires

L’union syndicale Solidaires appelle aux manifestations de solidarité avec le peuple grec qui auront lieu le samedi 18 février dans de nombreuses villes en France. A Paris, le rassemblement est prévu à 14 heures au Parvis des Droits de l’homme (métro : Trocadéro).

En affirmant notre solidarité avec le peuple Grec, il s’agit de dénoncer et de refuser les politiques d’austérité imposées aux peuples d’Europe qui conduisent à une récession généralisée, dont les conséquences sociales se font déjà lourdement sentir (chômage, pauvreté, précarité…).

Le peuple Grec subit plan d’austérité sur plan d’austérité pendant que les richesses des classes dominantes continuent d’être épargnées : diminution de 22 % du salaire minimum, baisse des allocations chômage et des retraites, suppression des conventions collectives, licenciements et destruction massive des emplois publics, privatisations… La Troïka (FMI – Banque centrale européenne - Commission Européenne) et les dirigeants grecs, veulent mettre à genoux le peuple grec pour mieux protéger les intérêts des banques et sauvegarder le système économique et financier qui a engendré la crise actuelle.

Le nouveau traité européen obligeant à introduire la « règle d’or » dans les constitutions nationales est aux antipodes de l’Europe que nous voulons, celle de la solidarité, de la coopération et de la priorité à donner aux droits fondamentaux pour toutes et tous. Cette « règle d’or » vise à déposséder les peuples de tout débat démocratique sur les choix alternatifs en matière économique, financière et sociale.

Non à l’Europe de la finance et du capitalisme prédateur !
Oui à l’Europe de la solidarité entre les peuples, du partage des richesses et des biens communs


La FSU réaffirme son soutien au peuple grec !

La FSU exprime sa plus grande solidarité, son soutien au peuple grec et au mouvement syndical qui se sont engagés dans la lutte contre le énième plan d’austérité imposé par la Troïka (FMI - BCE - Commission Européenne).

La Grèce est placée sous la menace d’un chantage permanent qui vise à lui faire accepter l’inacceptable et à l’entrainer de force dans une spirale du toujours plus d’austérité !

Inacceptable de ramener le peuple grec des décennies en arrière en baissant le salaire minimum, en licenciant 15 000 fonctionnaires de plus, en s’attaquant à nouveau aux retraites et aux dépenses de santé, en remettant en cause le principe de la négociation collective et les protections du droit du travail.

Inacceptable de punir le peuple alors que les intérêts de l’Eglise, des grands armateurs, des grands fraudeurs du fisc sont préservés, alors que le nouveau sauvetage des banques grecques par l’Etat protège les intérêts des actionnaires.

Inacceptable que l’Union européenne sacrifie la solidarité à la loi du plus fort !

Inacceptable qu’au mépris de la démocratie et de la souveraineté des peuples, le nouveau Pacte budgétaire condamne l’Europe à l’austérité permanente, à la récession, au démantèlement de l’Europe sociale.

La FSU tient à réaffirmer son soutien au peuple grec et exige un véritable plan de solidarité avec la Grèce !

Il est urgent de construire une Europe du partage des richesses et des solidarités. Il en va de la démocratie dans chaque pays européens.


COMMUNIQUÉ DU NPA. SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE GREC.

La nuit dernière, la majorité des débutés grecs(199 sur 300) ont cédé au diktat de la BCE, du FMI et de Merkel-Sarkozy en votant les nouvelles mesures d’austérité qui font payer au peuple grec les frais d’une crise dont il n’est en rien responsable.

Ces attaques contre les salaires et les retraites n’ont qu’un objectif, permettre aux banques de continuer de prélever leur tribu. Les 40 députés de gauche et de droite qui ont refusé de se soumettre ont été exclus de leur parti sur le champ. Les banques censurent toute démocratie et imposent une politique qui conduit à la récession et à la régression sociale.

A Athènes, comme dans tout le pays, ces nouvelles attaques ont suscité la colère et la révolte. Malgré la violence des attaques de la police, les gaz lacrymogènes, le peuple grec a désavoué le vote indigne de la majorité des députés. Il dit non à un plan d’austérité qui l’étrangle et ne peut qu’aggraver la crise qui touche aussi tous les peuples d’Europe.

Sa révolte comme sa lutte sont les nôtres.

Le NPA se joint à l’appel unitaire à lui apporter notre solidarité ce lundi à 18h30 à proximité de l’ambassade grecque et du bureau du FMI, à Paris, Place d’Uruguay angle avenue d’Iena et rue Auguste Vaquerie (Paris16-métroKléber).

Le 13 février 2012.


APPEL UNITAIRE. SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE GREC ! DE PARIS À ATHÈNES, LUTTER ENSEMBLE CONTRE L’AUSTÉRITÉ !

La troïka, avec l’appui du gouvernement grec d’union nationale, exige un nouveau plan d’austérité au peuple grec. Réduction brutale des salaires et des pensions (-22%), suppressions d’emplois dans la fonction publique, dé-tricotage du code du travail... Les travailleurs grecs n’en finissent plus de payer la crise ! Privatisations des services publics, détérioration du système de santé, casse du service public d’éducation : c’est l’immense majorité de la population qui fait les frais d’une politique qu’ils n’ont pas choisi, imposée par les marchés financiers, les banques et le patronat sous la houlette de Merkel et Sarkozy.

Nous avons conscience que la situation de la Grèce n’est pas de la responsabilité du peuple grec comme on voudrait nous le faire croire. L’austérité sert à sauver les banques, notamment françaises et allemandes, qui spéculent depuis des années sur la dette grecque. Elle sert également à montrer au reste des peuples européens ce qui les attend : une baisse drastique du niveau de vie, une diminution sans précédent des salaires ! Les dernières annonces de Sarkozy confirment que l’austérité va s’étendre à tous les peuples européens !

Pourtant le peuple grec n’a pas dit son dernier mot. La grève générale se construit et s’étend. Plusieurs ministères sont occupés, des travailleurs occupent leur entreprise, des étudiants leur lieu d’études... Dimanche, jour du vote au parlement grec du nouveau plan d’austérité, les jeunes, les travailleurs, les chômeurs, les retraités, se sont donnés rendez-vous pour assiéger le parlement, pour empêcher le vote illégitime. Ils nous montrent la voix : il n’y a pas de fatalité face à l’austérité et ce sont bien les luttes qui seront déterminantes dans le dénouement de la crise.

Nous sommes solidaires du peuple grec en lutte. Nous pensons que c’est bien à l’échelle de toute l’Europe que les peuples doivent se lever contre les plans d’austérité. De Paris à Athènes, il est temps de retrouver le chemin de la mobilisation. C’est pourquoi, nous appelons à un rassemblement dimanche 12 février à 15h devant l’ambassade grecque (métro Kleber).

Premiers signataires : Initiative des etudiants et travailleurs grecs de paris, AL, NPA et SUD-culture

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article