Le blog du NPA82

Histoire du 1er mai, journée de lutte internationale :

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Il est bon de rappeler l’histoire de cette journée, afin de comprendre ses enjeux.

 

L’origine de la journée du Premier Mai se trouve aux Etats-Unis. C’est en effet en hommage aux luttes du prolétariat américain que cette date a été choisie comme journée de mobilisation internationale des travailleurs. En novembre 1884, le congrès de l’American Federation of Labor, l’organisation syndicale majoritaire aux Etats-Unis à l’époque, décide d’organiser une lutte nationale pour obtenir les 8 heures de travail par jour à partir du premier mai 1886. Le jour dit, une énorme vague de grève balaye les Etats-Unis, mobilisant plusieurs centaines de milliers de travailleurs. Dans de nombreux secteurs d’activité, la pression ouvrière oblige les patrons à céder et à accorder la journée de 8 heures.

Mais à Chicago, la lutte des classes prend une tournure dramatique. Dans la métallurgie, sous l’impulsion de l’IWPA (International Working People’s Association, de tendance syndicaliste révolutionnaire), le mouvement se radicalise et la grève continue après le premier mai. Le 3 mai, lors de heurts entre les grévistes et des jaunes, la police ouvre le feu et tue six personnes. Les militants de l’IWPA décident d’organiser un meeting de protestation le lendemain à Haymarket, dans le centre-ville de Chicago. Ce meeting, qui réunit 15 000 personnes, se déroule calmement jusqu’à l’intervention extrêmement brutale de la police. A ce moment, une bombe, d’origine douteuse, éclate parmi les policiers, tuant huit d’entre eux. Les forces de l’ordre se mettent alors à tirer sur la foule, faisant de nombreuses victimes.

Pour la bourgeoisie locale, l’occasion est trop belle de démanteler le mouvement syndical. Spies, Parsons, Engel, Fischer et Lingg, six militants syndicalistes révolutionnaires parmi les plus actifs, sont arrêtés et accusés de l’attentat. Après un procès truqué, ils sont condamnés à mort et exécutés le 11 novembre 1887. Ce véritable massacre légal a un grand retentissement dans le monde. Lorsqu’en juillet 1889 un congrès socialiste international réuni à Paris décide d’organiser une journée de mobilisation mondiale pour l’obtention des 8 heures de travail par jour, il en fixe la date au Premier Mai, en hommage aux martyrs de Chicago.

 

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5 des martyrs de Chicago


Une grande campagne de mobilisation prépare cet événement et convainc les travailleurs d’utiliser leur arme principale, la grève. Le premier Mai 1890, des centaines de milliers de travailleurs cessent le travail, organisent des manifestations et des meetings. Tous les pays industrialisés sont touchés, à la grande frayeur de la bourgeoisie. En France, dans la ville de Vienne, une manifestation imposante, impulsée par les militants anarchistes Pierre Martin et Louise Michel, tourne à l’émeute. Ce "premier Premier Mai" peut être considéré comme un succès, même si les travailleurs n’ont pas obtenu la satisfaction de leurs revendications. Car en montrant que les prolétaires du monde entier pouvaient se mobiliser pour des objectifs communs, il a prouvé que ceux-ci et celles-ci avaient une conscience de classe assez développée pour dépasser les frontières et lutter ensemble contre leurs exploiteurs. Le Premier Mai devient alors le symbole de la lutte des classes et de l’internationalisme prolétarien, ce qui explique qu’il ait été renouvelé les années suivantes.

Les Premiers Mai successifs connaissent des fortunes diverses selon les pays et les périodes. Certains sont ternes et effacés, tandis que d’autres restent comme des moments importants de lutte sociale. Ainsi, le premier Mai 1891, la république bourgeoise française dévoile sa véritable nature lorsque l’armée ouvre le feu sur une manifestation pacifique à Fourmies (département du Nord), tuant dix personnes.

 

Au début du vingtième siècle, la Confédération Générale du Travail (alors syndicaliste révolutionnaire), veut rendre sa vigueur au Premier Mai. Elle décide que le premier Mai 1906 sera le début d’une grève générale, toujours pour obtenir les 8 heures. La bourgeoisie française prend alors peur : elle fait arrêter le bureau confédéral de la CGT et transforme Paris en camp retranché, occupé par 60 000 soldats et policiers. Ceux-ci dispersent violemment les manifestants, tuant deux personnes. Mais tout cela n’empêche pas la grève générale, assez bien suivie, de durer plusieurs jours. Si ces résultats sont assez divers, elle a prouvé son efficacité.

 

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Slogan de la CGT pour le 1er Mai 1906 : "à partir du 1er Mai 1906, nous ne travaillerons que 8 heures par jour", sur la Bourse du Travail de Paris, rue du Château d’Eau.  

 

Enfin, il faut signaler le premier Mai 1919. Il prend en France une tournure particulière car l’assemblée nationale, sous la pression des grèves, venait juste de voter une loi accordant les 8 heures de travail par jour. Ce premier Mai fut l’un des plus imposants et des plus durs que la France ait connu. Galvanisés par l’exemple de la révolution russe de 1917, les travailleurs semblent prêts à tout renverser, les affrontements très violents, marqués par l’érection de barricades, font deux morts parmi les manifestants.

 

 

D’autres travailleurs trouvèrent la mort lors de Premier Mai très violents, comme ceux de 1920 et de 1923 à Paris, de 1909 à Buenos-Aires en Argentine ou de 1929 à Berlin.

 

Mais dès l’entre-deux-guerres, les Etats comprennent que la répression ne suffit pas à empêcher les grèves du Premier Mai. Ils essayent alors de récupérer cette journée et d’en dénaturer la signification. Ainsi, dans les régimes fascistes, le Premier Mai devient un jour férié, une fête du travail. Il est organisé par des corporations réunissant patrons et salariés. En 1941, ces mesures seront appliquées en France par le régime vichyste. Dans ce domaine comme dans d’autres, la république bourgeoise rétablie se comportera en successeur de Vichy et reprendra l’idée à son compte.

 

La notion d Premier Mai comme jour férié se répand après la seconde guerre mondiale dans la plupart des pays développés. Il s’agit pour l’Etat de donner au Premier Mai une apparence légale et de rendre impossible les grèves, qui lui donnaient un aspect de lutte des classes trop affirmé. Le but est également de transformer le Premier Mai en un jour de fête, presque de kermesse, à l’opposé de l’intention initiale qui était d’en faire une journée de lutte.

 

Il faut dire que l’Etat est aidé dans sa tâche par les syndicats réformistes de tous bords, qui font tout pour transformer le Premier Mai en un événement calme, ordonné, contrôlé. Autour du Premier Mai tente donc de se développer un discours nationaliste, corporatiste, interclassiste…

Aujourd’hui, la mobilisation se réduit trop souvent à une manifestation stéréotypée, sous la surveillance des bureaucrates de service.

 

Le Premier Mai est ainsi devenu progressivement aux yeux de beaucoup de gens la fête des travailleurs, voir simplement du travail. Mais c’est une erreur. Il est avant tout une journée de lutte internationale, pour faire triompher les revendications du prolétariat et lui permettre d’affirmer sa volonté de détruire le système capitaliste pour construire à la place une autre société. Sachons faire retrouver au Premier Mai sa véritable nature.

 

Bibliographie sur l’histoire du Premier Mai :

 

- Dommanget Maurice, Histoire du premier mai, en deux tomes, Antony, Edition du Groupe Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste, 1986.

- Rodriguez Miguel, Le 1erMai,Paris, Gallimard, 1990.

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