Le blog du NPA82

L'usine qui a fabriqué le candidat Poutou

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 Les difficultés de Ford Blanquefort ont poussé Philippe Poutou à s'engager pour sauver le site et l'emploi. Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) l'a désigné candidat à l'élection présidentielle.

À l'usine, dans les allées, les copains le chambrent : "Poutou, président !" "Moi, je l'appelle le présidentiable", rigole Jacques, agent de fabrication à l'assemblage, vingt-six ans de maison. Depuis qu'il a été désigné en juin candidat à l'élection présidentielle par le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Philippe Poutou, n'a pas changé ses habitudes.
Tous les matins, l'ouvrier de maintenance pointe à 6 heures à l'usine Ford de Blanquefort, un immense bâtiment jaune de la banlieue bordelaise. Jusqu'à 14 heures, il intervient sur les machines-outils de la zone B, où sont usinés des carters en aluminium. "Poutou est comme nous, il sait de quoi il parle", note Pierre, agent de fabrication, dans le coin du parking où se retrouvent les fumeurs. "Il représente le monde des usines, apprécie Évelyne, trente-cinq ans de boîte, ouvrière à l'assemblage. Il fait entendre les difficultés de l'entreprise, la nôtre et les autres."
Tous ne l'apprécient pas, mais tous lui rendent hommage : "S'il ne s'était pas entêté, l'usine aurait fermé", souligne André, dit Dédé.
Le destin de Philippe Poutou, 44 ans, est lié à celui de l'usine de Blanquefort. Si le syndicaliste de la CGT n'avait pas mené la lutte pendant quatre ans pour la survie de l'usine, il ne passerait pas ses après-midi à courir la campagne électorale.
Le NPA l'a choisi pour porter ses couleurs parce qu'il symbolise cette France modeste qui en bave en temps de crise. "Les ouvriers ne sont pas bons qu'à voter, ils peuvent aussi représenter les gens", appuie le candidat, qui reçoit en tenue de travail à la débauche de 14 heures, dans le petit local du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dont il est élu.
Mais le militant a également été choisi pour porter un message d'espoir. "Nos quatre ans de luttes se sont terminés par une victoire, commente Philippe Poutou. Il faut dire aux Français que se battre sert à quelque chose. On n'est pas toujours destinés à perdre."
Sur les fenêtres du comité d'entreprise (CE), des autocollants "Ford, sauvons les emplois" rappellent le passé difficile du site. Ouverte en juin 1973 pour fabriquer des boîtes de vitesses, l'usine est vendue en mai 2009. HZ, le holding allemand qui la reprend, ne lancera jamais la production promise de pièces d'éoliennes. La fermeture guette.
Les salariés maintiennent la pression, mobilisent des élus, s'attaquent à l'image internationale de Ford en s'invitant à deux reprises au Mondial de l'automobile. Début 2011, Ford reprend l'usine, et annonce en mai 120 millions d'euros d'investissement, qui sauvent 1 000 emplois.
"Les syndicats ont beaucoup lutté pour trouver une solution", reconnaît Philippe Harrewyn, le directeur des ressources humaines de First Aquitaine </aquitaine/> Industries, nom de l'entité de Blanquefort. Au-dessus de son bureau, celui qui bataille depuis des années avec Philippe Poutou a collé une coupure de presse : une photo du syndicaliste, candidat aux élections européennes en 2009. Ne manquent que les fléchettes...
Philippe Harrewyn digère mal d'avoir été séquestré à plusieurs reprises dans la salle du CE. Philippe Poutou le reconnaît : "On a fermé les portes, c'est vrai, mais jamais plus d'une heure et sans violence physique." À propos du syndicaliste, le responsable des ressources humaines affirme : "C'est un personnage complexe, un vrai révolutionnaire, convaincu qu'il faut changer tout le système, profondément anticapitaliste."
Temps partiel de campagne
Avant d'être révolutionnaire, Philippe Poutou penchait plutôt, comme ses parents, pour François Mitterrand. Son portrait était même affiché dans sa chambre ! Il rompt définitivement avec les socialistes après l'assaut de la grotte d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie en 1988. Il milite quelques années pour Lutte ouvrière, avant de passer, à la faveur d'une de ces querelles fratricides qu'affectionnent les mouvements trotskistes, à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) qui deviendra le NPA.
Fils d'un postier, Philippe Poutou ne choisit pas La Poste comme ses trois frères et soeurs. Il prépare un bac F1 (mécanique), qu'il n'obtient pas. "Ensuite, j'ai enchaîné des boulots à la con", dit-il. Dans les usines du coin.
Puis, il travaille pendant deux ans en intérim chez Ford, avant d'être embauché en 1999. Il peut enfin prendre sa carte dans un syndicat. "En intérim, c'était trop dangereux", précise-t-il. En 2000, il est élu au CHSCT et il apprécie : "C'est un mandat passionnant, où on s'attaque vraiment aux conditions de travail". Suivent le premier plan de sauvegarde de l'emploi en 2005, une grève en 2007, puis quatre années de mobilisation.
"Meneur d'hommes", "il sait convaincre", "trop autoritaire", "trop radical pour moi"... À la sortie de l'usine, les avis divergent, mais tous décrivent un Philippe Poutou qui sait ce qu'il veut, capable de déplacer des montagnes.
Depuis sa désignation à la candidature, il troque peu à peu son pantalon et son polo gris siglés Ford contre ses nouveaux habits de candidat. L'ouvrier a obtenu de son DRH un temps partiel, et sera absent deux jours par semaine.
"Si je lui avais demandé cinq jours, il aurait été enchanté de me voir ailleurs !", s'amuse le syndicaliste. "Pas du tout, rétorque Philippe Harrewyn, c'est un bon mécanicien, et nous allons avoir besoin de savoir-faire comme le sien dans les mois qui viennent. Mais personne n'est indispensable..." Le DRH, qui indique que le groupe n'a pas encore adopté de communication corporate au sujet de cet ouvrier un peu spécial, jubile : "Je saurai rappeler à Philippe Poutou que la flexibilité a du bon..."
Le candidat NPA buche le programme national de son parti, comme il a toujours préparé les sujets techniques qu'il suit au CHSCT. "C'est un bosseur, reconnaît le DRH, capable de développer une énergie importante pour défendre ses idées." Carlos, chaudronnier, adhérent de la CGT et du NPA, rend aussi hommage à son sens du travail : "Quand il s'est attaqué aux risques psychosociaux, il a dû beaucoup lire, apprendre, consulter les accords signés ailleurs."
Pour sa campagne, le DRH lui souhaite bien du courage : "Il sera dans une arène où les gens sont beaucoup moins gentils que moi !" Philippe Poutou, lui, a décidé de suivre les conseils d'Olivier Besancenot, candidat de la LCR à la présidentielle de 2007 : "Quand on doute, il faut penser aux collègues qu'on retrouve le lendemain au boulot, qui sont heureux qu'on ait parlé pour eux". Avant le début de la campagne, il sait déjà qu'il n'en fera qu'une. "Ce sera difficile, anticipe-t-il, mais aller au bout de ses idées, c'est une question de fierté."
Celui qui a refusé de suivre un média training pour rester naturel joue parfaitement le rôle pour lequel il a été choisi : porte-parole de ceux qui se battent. Sur le plateau de France 2, à une question sur son programme, il répond en brandissant une boîte de thé sortie de l'usine Fralib de Gémenos (Bouches-du-Rhône), où il est allé soutenir des ouvriers en lutte. Reste maintenant à trouver les 500 signatures indispensables à toute candidature à la présidentielle. Un traditionnel casse-tête des partis trotskistes.
Ford Blanquefort renaît Le 1er octobre, l'usine Ford démarre une période transitoire qui doit la mener vers sa nouvelle vie. Pendant dix-huit mois, les machines seront démontées, remplacées par des neuves, afin de lancer cinq nouveaux projets industriels, dont la production de boîtes de transmission automatiques à six vitesses. Cette chaîne occupera 579 des 1 000 emplois garantis sur le site - 336 salariés viennent de partir. Durant cette période, les salariés, par rotation, seront en chômage partiel, financé à 95 % ou 100 % grâce à l'État. Ford a prévu un plan de formation de 2 millions d'euros, aidé par l'État, la région, la branche. Début de la nouvelle production au premier semestre 2013. Et Ford n'a toujours pas annoncé quel sera son sixième projet.

 

Cécile Maillard, le 19 octobre 2011

SON PARCOURS CHEZ FORD
1996-1999 - Intérimaire chez Ford Blanquefort
Octobre 1999 - Signe son CDI
2000 - Élu au CHSCT
2005 - Premier plan de sauvegarde de l'emploi
2007-2011 - Mobilisation pour sauver le site
2009 - L'usine est vendue au holding allemand HZ
2011 - Ford reprend l'usine
Juin 2011 - Désigné candidat à l'élection présidentielle par le NPA

 

Les gens "ne croient pas en Hollande, veulent faire tomber Sarkozy" (Poutou, NPA)

TOULOUSE, 20 oct 2011 (AFP) - Philippe Poutou, candidat du NPA à la présidentielle, a estimé jeudi que "la plupart des gens ne croient pas en Hollande, ils veulent juste faire tomber Sarkozy", à propos des sondages qui donnent le candidat socialiste largement vainqueur du président sortant.
Interrogé avant un meeting à la faculté du Mirail de Toulouse qui a rassemblé une centaine de personnes, le candidat du NPA a déclaré : "Hollande tout le monde le fabrique, une machine s'est mise en place pour dire c'est le plus crédible, et dans un contexte où il n'y a pas de lutte sociale, où on ne se sent pas assez fort pour se battre, on se dit que pour se débarrasser de Sarkozy on va voter Hollande".
"Après il y aura un troisième tour des luttes sociales, en opposition au nouveau gouvernement qui fera grosso modo ce que les Socialistes font aujourd'hui en Grèce, il n'y a pas d'illusion", a estimé l'ouvrier de l'usine automobile de Blanquefort (Gironde).
"Peut-être qu'on fera très peu aux élections et Hollande fera peut-être 60% mais (...) il n'y a pas d'espoir porté par le parti socialiste", a ajouté celui qui n'est crédité que de 0% à 1% des intentions de vote.
"Dans trois mois, cela peut complètement changer, peut-être qu'il y aura une grosse révolte et que le NPA aura 6% voire 10% en raison du climat social", a ajouté Philippe Poutou.
M. Poutou a réaffirmé sa ligne d'indépendance à l'égard du Front de Gauche alors qu'une autre partie du NPA est favorable à la poursuite des discussions avec le Front de gauche.
Le candidat a souligné que l'unité se fait dans les combats sociaux mais qu'il "subsiste une divergence assez fondamentale avec le Front de gauche : son lien avec le parti socialiste, et le gouvernement d'union de la gauche qui peut en sortir (...) alors qu'en Europe, des peuples sont en train de trinquer sous les coups des partis socialistes".
Philippe Poutou a indiqué que le NPA espérait bien gagner la bataille des 500 signatures d'élus nécessaires pour participer à l'élection présidentielle.
"On a galéré tout le temps, encore en 2007. On sait qu'on va serrer les fesses jusqu'en février, c'est notre cap, notre premier tour à nous", a-t-il souligné.

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