Le blog du NPA82

Les Grecs retournent à la terre

 

En Grèce après deux ans de politiques d'austérité impitoyables, les priorités ont changé. Des milliers de personnes tentent le retour à la terre, pour des productions vivrières mais aussi comme véritable projet professionnel.


Les Grecs ne font plus les magasins, ne partent plus en voyage à l'étranger, ne prennent plus la voiture. Avec leurs maigres salaires - pour ceux qui ont un emploi - ou les ridicules retraites et indemnités de chômage, les gens essayent de se loger, de se soigner mais surtout de se nourrir.

Dans ce pays où les prix ne cessent d'augmenter (le carburant est à 2 euros le litre), des initiatives « citoyennes » voient le jour quotidiennement : covoiturages, coopératives et occupations de sites de production, banques du temps, troc ou tout récemment le « mouvement des patates » !

Tout est parti début 2012 d'une association d’habitants de Pieria, dans le nord du pays et de son constat : les pommes de terre pourrissent dans les caves des paysans pendant que de plus en plus de gens sont obligés d'aller aux soupes populaires. A réserver sur internet, les stocks ont été vendus en quelques heures. Les pommes de terre sont proposées à 25 centimes d'euro le kilo contre 70 au moins au supermarché, un prix également favorable aux agriculteurs auxquels les intermédiaires proposaient 10 à 15 centimes le kilo. Le mouvement s'est depuis étendu à d'autres produits : légumes secs, fruits, huile d'olive, vin, fromages, viandes et même poissons. Il concerne aussi de plus en plus de mairies, qui avec les associations amènent cette pratique dans les grandes villes. Une vraie alternative à la grande distribution émerge.

Au même moment, les Athéniens quittent la ville (1). Certains s'installent en agriculture (2). Des communes et depuis peu le ministère de l'Agriculture, contraint par l'ampleur du phénomène, mettent à disposition des terres. L'agriculture devient, après cinquante ans d'exode rural, une piste de survie. Mais pendant que les jeunes assiègent les rares formations agricoles, les nouveaux paysans sont orientés - par l'Etat ou des investisseurs privés - vers des projets sans lendemain : escargots pour le marché français, goji ou myrtille pour d’autres destinations ou installations photovoltaïque sur des terres agricoles (toujours pour l'exportation, ici de l’électricité).

Dans un pays où il y a peu de structuration paysanne en dehors des coopératives (3), où l'agriculture est peu compétitive dans le marché mondial, où on a convaincu les gens depuis 1945 qu'il valait mieux aller travailler à l'usine en Allemagne, tout reste à faire. Mais qui va former les nouveaux paysans et surtout pour faire quoi ? Comment approvisionner les grandes villes, s'organiser entre paysans, et ensemble avec les consommateurs ? Mais aussi comment produire mieux et réussir à devenir autonome (quand on sait que toute la propriété des agriculteurs grecs est sous hypothèque au Crédit Agricole français) ?

A Via campesina , on sait où mènent ces questionnements et ces pratiques alternatives : aujourd'hui, en Grèce c'est la souveraineté alimentaire qu'il faut construire.

 

Roxanne Mitrallas,

animatrice nationale de la Confédération paysanne

 

(1) Baisse de 3% de la population en 2011 selon la mairie d'Athènes et l'institut national des statistiques

(2) La population agricole a augmenté de 7% en 2010 selon PASEGES (union des coopératives grecques)

(3) Malgré le fait que les agriculteurs professionnels représentent 12% de la population, auxquels il faut rajouter de très nombreux pluriactifs.


Témoignage d’un paysan

 

Thodoris Arvanitis est paysan près d'Athènes depuis 18 ans. Il travaille avec quatre membres de sa famille et quelques salariés sur l’ancienne ferme familiale. Ils cultivent en bio sur 50 hectares (dont 3 sous serre) des légumes et élèvent 300 brebis pour le lait, le fromage et la viande. Les semences et races sont locales, les produits vendus en direct, sur des marchés de producteurs ou depuis peu à la ferme. Thodoris est porte-parole de la fédération grecque des producteurs bio.

 

« La crise économique se voit tous les jours », témoigne-t-il. « Les agriculteurs sont surendettés à un moment où les banques ne prêtent plus ». Pour Théodoris, la vente directe est la seule manière pour que les paysans grecs aient des prix rémunérateurs, dégagés de l'emprise des intermédiaires. Pour les Grecs qui veulent s'installer, « l'Etat cède des terres à 50 euros/hectare. Il n'y a pas réellement de problème d'accès au foncier, mais ce qui va poser problème, c'est le manque de formation agro-écologique et surtout l'accès au marché. Il faudrait aussi construire de véritables coopératives pour assurer par exemple la vente d'huile d'olive en Europe, à des prix beaucoup plus bas pour les consommateurs. Sinon, les milliers de nouveaux agriculteurs vont se retrouver dans la même situation que la majorité de leurs prédécesseurs. »


Crédit : Photothèque Rouge / Babar


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