Le blog du NPA82

M. Martin : Le changement c’est maintenant ?

La passation de pouvoir effectuée, la présidence « normale » d’un président « normal » se met en place. Après que François Hollande a appelé Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre, ce dernier a constitué son gouvernement autour de 17 hommes et 17 femmes. Parité soulignée par nombre de commentateurs puisque le précédent gouvernement n’avait pas ce type de préoccupation. Parité certes, mais qui soulève encore l’étonnement puisqu’elle reste plutôt l’exception (il n’y a qu’à voir le nombre de femmes candidates aux élections législatives, en recul par rapport à 2007). 

 

Nouveau gouvernement donc avec de nombreuses têtes inconnues du grand public, autre élément souligné par les médias entre autres indiquant par là « le changement » inévitable en train de s’opérer. Un président « normal », la parité, des « inconnus » dans les ministères, quelques ministères à la dénomination inhabituelle (ministre de la Réussite éducative, ministre du Redressement productif), si l’on ajoute à cela les premières mesures dont l’une emblématique, avec la réduction de 30% du salaire du président et des ministres, on a alors l’image d’une rupture nette avec le pouvoir précédent. L’exemplarité est le maître mot que les deux chefs de l’exécutif ont constamment à la bouche. Aussi, afin de montrer l’exemple, tous les membres du gouvernement ont dû signer « une charte de déontologie » qui enjoint notamment aux ministres de ne pas accepter « des cadeaux d'une valeur supérieure à 150 euros ni d'invitations personnelles » ou encore de « voyager en train autant que faire se peut », et de s’engager à être irréprochables sur les conflits d'intérêt, le cumul des mandats, l'absence de toute autre activité à côté de celle de « serviteurE de l’État ».

 

Pas d'état de grâce

La volonté de se démarquer de l’équipe Sarkozy/Fillon est un enjeu essentiel pour le PS au pouvoir après dix ans d’absence à la tête de l’État. L’impopularité de Sarkozy s’accompagne d’un discrédit très fort de la classe politique en général, de surcroît la crise économique n’autorise aucun état de grâce pour François Hollande et le nouveau gouvernement. Et il leur faut assurer également l’élection d’une majorité de députéEs PS à l’Assemblée nationale le 17 juin prochain. Or, d’après les sondages, on n’assisterait pas à une « vague rose », ce qui confirme qu’une fois Sarkoy viré, et c’était la fonction essentielle assignée à l’élection présidentielle pour des millions d’électeurs et d’électrices, l’euphorie n’est pas majoritairement au rendez-vous. C’est donc aussi dans ce contexte que s’inscrivent les annonces tout azimut des premières semaines du gouvernement Ayrault.

Bien sûr quelques-unes sont symboliques d’un ton différent et de visions différentes sur un certain nombre de sujets pour lesquels la gauche n’est pas la droite : l’annonce du retrait des « troupes combattantes » d’Afghanistan d’ici la fin de l’année 2012, par exemple, l'annonce de la suppression des tribunaux correctionnels pour les mineurs ou l’abrogation de la circulaire Guéant. Ainsi, un an jour pour jour après sa publication, la circulaire Guéant, qui restreint la possibilité pour les étudiants étrangers diplômés de travailler en France, a été abrogée jeudi 31 mai par le gouvernement. C’est un premier pas en faveur des étudiants étrangers, même si c’est insuffisant, puisque de nombreuses restrictions existent encore qui empêchent ces étudiants de chercher un emploi. Mais soyons vigilants, le nouveau ministre de l’Intérieur Manuel Valls s’est déjà illustré, il y a peu (lundi 4 juin), dans la tentative d’expulsion d’un sans-papier présent sur le territoire depuis douze ans et père de deux enfants français, qui fort heureusement a échoué. Il ne sera pas accepté par les militantEs qui se sont battuEs contre la politique Hortefeux/Besson/Guéant que le nouveau ministre de l’Intérieur marche dans les pas de ses prédécesseurs. Sans compter que rapidement d’autres questions devront être remises sur le tapis : le droit de vote des immigrés et la régularisation de tous les sans-papiers.

Dans un autre domaine, celui de l’éducation, les discours et les annonces sont quelque peu ambigus voire contradictoires. Après avoir « brossé dans le sens du poil » durant la campagne des présidentielles des enseignants plus que malmenés durant le précédent quinquennat, le PS par le biais du nouveau ministre Vincent Peillon, a tenu à envoyer des messages forts… pour commencer : abrogation du décret concernant l’évaluation des enseignants, arrêt de l'évaluation des élèves de CE1 et de CM2, annonce du recrutement de 1000 enseignants du premier degré pour la rentrée prochaine. Mais dans le même temps, lors de ses déplacements le ministre de l’Éducation, à propos du plan de 60 000 personnels d'éducation (beaucoup plus ont été supprimés par Sarkozy/Fillon les cinq dernières années), a tenu à rassurer le privé, et a également trouvé qu’utiliser les retraités pour conseiller les jeunes profs, c’était une bonne idée ! Le 5 juin alors que le Conseil d’État vient de retoquer la mastérisation (« réforme » de la droite qui recrutait les enseignants à bac+5 et les envoyaient enseigner sans aucune formation), la question de la formation est immédiatement à l’ordre du jour pour septembre. À suivre donc dans les jours qui suivent.


« Dialogue social »

L’annonce de concertations déjà entamées par la rencontre du Premier ministre avec des organisations syndicales (tant de salariés que patronales) participe de la même stratégie : rompre avec ce qui précédait, rétablir « le dialogue social », prendre des mesures sociales comme « le coup de pouce au Smic », l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, autant de promesses du candidat Hollande que le gouvernement se dépêche de mettre sur les rails. Mais face aux scandales des parachutes dorés et des primes distribués aux grands patrons (l’État a dit non au PDG de Safran mais Gougeon ex-PDG d’Air France est parti avec une prime de 400 000 euros), l’augmentation du Smic qualifiée par Ayrault lui-même comme une mesure « juste et raisonnée », apparaît pour ce qu’elle est une mesurette qui n’effraiera pas le patronat. De même que le retour de la retraite à 60 ans pour une petite partie de salariéEs ayant travaillé dès 18 ou 19 ans n’inquiétera pas outre mesure le Medef. C’est une mesure insuffisante qui laisse nettement présager que la « réforme » des retraites imposée par la droite en 2010 n’est pas près d’être abrogée par le PS en 2012 !

Mais deux dossiers en particulier percutent déjà le nouveau pouvoir socialiste : la pluie de plans sociaux qui s’abat sur la tête de dizaines de milliers de salariéEs, plans sociaux en « stand-by » pendant la campagne présidentielle et, évidemment la gestion de la crise européenne avec la question de la Grèce.

Actuellement au moins 45000 emplois seraient menacés d’après la CGT. Mardi 29 mai, cette dernière avait évoqué 45 plans sociaux potentiels et imminents. L’épreuve du feu pour le gouvernement. Sa première action a consisté à mettre « sous surveillance » 36 entreprises particulièrement concernées. Et après ? Jean-Marc Ayrault a annoncé qu’en plus de la surveillance des entreprises les plus en danger, il invitait « dans chaque territoire, le préfet à désigner une personne, très compétente [...] qui sera chargée sur le terrain d'aider à trouver des solutions, en mettant autour de la table, pas seulement l'administration, mais aussi les collectivités territoriales, principalement les régions. Il ne s'agit pas de toute faire remonter à Paris ». Les déclarations du Premier ministre comme des ministres socialistes concernés (Arnaud Montebourg notamment) se veulent rassurantes et laissent entendre que l’État interviendra. Reste à déterminer de quelle manière. Il va sans dire que la mobilisation et les résistances des salariéEs seront déterminantes mais une politique à la hauteur exige aujourd’hui au minimum l’interdiction des licenciements boursiers. La détermination des Fralib à Marseille a montré que les travailleurs étaient capables de proposer des solutions de reprise par eux-mêmes. La récupération des entreprises par les salariéEs doit être favorisée. Mais surtout, il est à noter qu’une majorité de Français sondés il y a une semaine (53%) estime que l’État peut et doit agir et intervenir. Épreuve de vérité donc pour le PS dont le dernier chef de gouvernement et malheureux candidat à l’élection présidentielle en 2002, Lionel Jospin, avait expliqué que (face aux licenciements boursiers d’alors) l’État ne pouvait pas tout.


Le traité et la croissance

Dès sa prise de fonction, Hollande s’est rendu à Berlin pour rencontrer Angela Merkel. Lors de cette entrevue le nouveau président français a réaffirmé son souhait de « renégocier » le traité « budgétaire », tout en étant prêt tout de même « aux compromis », dans la mesure où il est possible selon lui d’inviter dans la discussion autour du traité « la dimension croissance ». Les bases d’un compromis entre tout d’abord l’Allemagne et la France seraient trouvées, mais on ne les connaîtra pas avant fin juin (après les législatives en France) et on sait que si la chancelière allemande ne serait pas contre des mesures de relance, François Hollande lui comprend « le sérieux budgétaire ». Tout un programme ! Le lendemain du sommet informel européen du jeudi 23 mai, le PS, par la bouche de son nouveau ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, se réjouissait que le volet croissance ait été accepté comme volet supplémentaire au traité (celui du Mécanisme européen de stabilité qui définit purement et simplement l’austérité budgétaire) ! Lors de ces discussions tout sujet qui fâche a été purement et simplement gommé. Exit évidemment la question de l’emploi, du rôle de la BCE. Et surtout, même si les dirigeants du PS reconnaissent que plus d’austérité en Grèce est difficilement supportable, François Hollande de concert avec les dirigeants européens participe à la même pression exercée sur le peuple grec, émettant « le souhait que les Grecs fassent le choix de l'Europe », ajoutant que ce qu’ils vont décider (aux élections législatives du 17 juin prochain) aura des conséquences, pour tout le monde.

Pour faire face à la crise qui sévit de plus en plus, et avec l’Espagne qui entre dans la tourmente, le nouveau chef de l’État évoque l’émission d’euro-obligations dans la perspective de mutualiser tout ou partie des dettes des États membres de la zone euro. Pas question de remettre en question la dette ni de s’attaquer aux marchés et au pouvoir financiers. Les promesses du candidat socialiste de mettre au pas la finance ont laissé la place sans surprise, à une politique d’adaptation aux exigences des marchés. D’ailleurs la Commission européenne n’a pas tardé à rappeler la France à l’ordre, l’incitant à poursuivre ses efforts de réduction du déficit public. Derrière les solutions prônées par Bruxelles se dessine une nouvelle cure de mesures libérales avec les vieilles recettes habituelles : diminuer les dépenses publiques, s’attaquer encore aux retraites, poursuivre les déréglementations, alléger « les charges » des entreprises… Et ceci pour que la France finisse par ramener son déficit public à 3% du PIB. Engagement qu’ont pris tant le président de la République, le Premier ministre que le ministre de l’Économie, sur le quinquennat. Si rupture il y a sur certains sujets avec le pouvoir précédent, il n’y en a pas toutefois sur la question du dogme libéral ! Et bien que les dirigeants socialistes s’en défendent c’est immanquablement une politique d’austérité qui sera menée.

Face au sarkozysme de ces dernières années, aux attaques multiples sur les acquis sociaux, les services publics, aux politiques anti-immigréEs et xénophobes, les mesures ou engagements du PS prennent ou semblent prendre une dimension sociale particulière. La dernière en date sur le logement (blocage des loyers en cas de changement de locataire) comme les annonces faites sur le Smic ou autres « coups de pouce » sont de très modestes décisions. Elles ne changeront qu’à la marge la vie quotidienne de millions d’hommes et de femmes qui souffrent de la crise économique. Même le changement de style ne suffira pas : il n’y aura pas de sursis pour Hollande et son équipe. La « grande conférence sociale » prévue avant le 14 juillet sur l’emploi, la retraite, les salaires et le Smic n’aura de portée que si on peut y entendre les exigences sociales et démocratiques de l’ensemble du monde du travail. Rien n’est moins sûr. Mais cependant une chose est certaine, depuis le 6 mai l’air est « plus léger » et la défaite de Sarkozy, c’est un jalon supplémentaire dans la construction d’un rapport de forces plus favorable à notre camp social. 


Myriam Martin

 

Copyright : Photothèque Rouge/JMB

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