Le blog du NPA82

Marche des Fiertés 2011 : nous n’attendrons pas 2012 !

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Il y a quatre victimes de l’homophobie chaque jour selon le rapport SOS homophobie 2011... Et combien qui ne se signalent pas ? Malgré le Pacs et la relative visibilité que nous avons conquise, nos vies de lesbiennes, gays, bisexuelLEs et trans sont toujours faites de discriminations et de violences. Il y a un mois à Paris, une personne trans a été lynchée et laissée pour morte.


On nous répète que voter (utile) en 2012 serait le mieux que nous aurions à faire. Hier traitéEs comme des pestiféréEs, nous sommes devenuEs une cible électorale. Les principaux partis nous promettent leur charité pour faire oublier leur hostilité ou leur passivité une fois au pouvoir. Le rejet récent à l’Assemblée nationale du droit à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes et de l’ouverture du mariage pour les personnes de même sexe montre que l’acharnement de la droite à défendre l’homophobie d’État n’a d’égal que ses attaques constantes contre les classes populaires. Le tout est illustré par les propos de Barèges (« et pourquoi pas des unions avec des animaux ? »), de Vanneste (« aberration anthropologique ! ») et de Sarkozy (« Je ne voudrais pas qu’on laisse croire qu’il y a des discriminations ou de l’homophobie dans le sport. ») Le PS et ses alliés sont désormais favorables au mariage et à l’adoption, ce qui leur permettra de s’opposer à Sarkozy... au moins sur un sujet.

L’égalité des droits, et après ?

Rien ne justifie qu’on remette toujours à plus tard l’égalité des droits. Mais il faudra plus que des promesses électorales : tous les acquis ont été imposés par des luttes et ne pourront être conservés que par elles, tout comme de nouveaux droits ne pourront être conquis que de la même façon ! Et quelle confiance pouvons-nous avoir en l’État et ses institutions ? Il y a 35 ans, la police nous harcelait et nous fichait dans les registres des préfectures. Cette année, à Tours, elle a molesté plusieurs manifestants de la Marche des fiertés, mais n’a pas empêché les provocations d’un groupuscule d’extrême droite... Quant aux lois, elles ne suffiront pas, comme elles ne suffisent déjà pas à garantir l’égalité femmes-hommes. Les pays où le mariage et l’adoption sont accessibles à tous (Belgique, Espagne...) ne sont pas pour autant des paradis LGBT, car c’est le fonctionnement même de cette société qui est en cause. L’hétérosexisme est inscrit dans les gènes du capitalisme. Nous ne voulons pas nous contenter du minimum : nous voulons changer toute la société. Avec celles et ceux qui n’ont rien à en attendre, notre unité et notre solidarité seront notre force. Nous devrons compter sur nos mobilisations !

Un nouveau débat vient d’avoir lieu à l’Assemblée nationale pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Sans surprise, ce projet de loi présenté par le PS (laissant de côté toutes les questions de parentalité) a été rejeté. Depuis que l’homosexualité n’est plus considérée comme un « fléau social », des droits ont été gagnés et la situation des personnes LGBTI1 a changé. Il est devenu plus facile pour beaucoup de s’affirmer même si l’hétérosexualité reste la norme dominante et en tant que telle une source de violence et d’oppressions. Mais cette tolérance est conçue comme une contrepartie pour laquelle les personnes LGBTI sont devenues un électorat à conquérir, une clientèle à courtiser pour les périodes électorales et pour générer une marchandisation qui exclut et discrimine en uniformisant les désirs, les corps, les sexualités... et qui tente d’uniformiser le discours militant autour de la simple revendication du mariage.

Nos oppressions sont multiples, diverses et politiques. Elles s’appuient sur des systèmes de domination dont elles sont à la fois les conséquences et les instruments. C’est pourquoi la simple égalité des droits ne changera pas en profondeur le système hétéro-patriarcal et capitaliste qui s’appuie sur les normes de genre, le sexisme, les violences au travail et dans la sphère privée, la précarité, les destructions des solidarités collectives, la marchandisation des existences et des corps, le tout sur fond de concurrence de touTEs avec touTEs.

Remettre en cause ce système implique une résistance de manière globale, en articulant les luttes contre les oppressions avec les luttes contre l’exploitation. Imposer de nouveaux droits et de nouvelles conquêtes politiques ne passera que par la lutte pour l’égalité et l’émancipation, contre celle inégalitaire et criminelle du capitalisme.

 

Lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles, intersexuées :

Disposons de nos corps et de nos existences !

Le droit à disposer de son existence, c’est avoir la possibilité de s’assumer en dehors du cadre familial qui est souvent un des premiers vecteurs d’oppression. Lorsque leur entourage n’accepte pas leur identité et/ou leur sexualité, les individus sont contraints à l’enfermement, à l’invisibilité, ou à des situations de précarité parfois dramatiques. C’est souvent à l’enfance ou à l’adolescence qu’on découvre sa sexualité. Mais c’est aussi souvent une période de conditionnement social qui engendre des comportements violemment homophobes et machistes : dans chaque école, collège ou lycée, l’injure « pédé » retentit plusieurs dizaines de fois par jour.

Chaque année en France, des centaines de jeunes gays et lesbiennes se retrouvent sans ressources, chasséEs par leurs parents. Ce contexte explique que les tentatives de suicide soient quatre à sept fois plus nombreuses chez les jeunes homosexuelLEs que chez les jeunes hétérosexuelLEs...

Le droit à disposer de son existence, c’est aussi le droit d’assumer son identité, de pouvoir changer de genre et/ou de sexe sans être réduit à l’état de pathologie. C’est lutter contre les oppressions spécifiques des femmes et des lesbiennes. Moins payées, plus précaires, plus touchées par le chômage, elles sont soumises à la violence des normes patriarcales, mais aussi à la violence des normes hétérosexuelles qui assujettissent les corps et les vies des femmes aux désirs des hommes.

Enfin, le droit à disposer de son corps suppose de vivre affranchiEs de diktats religieux et moralistes.

C’est pourquoi, nous luttons pour :
- Le droit au logement
- Une allocation autonomie pour la jeunesse
- Le droit à la protection sociale
- La dépathologisation des trans
- L’égalité des salaires hommes/femmes
- Le droit à disposer de son corps et de sa sexualité comme on veut et avec qui on veut.


Le droit à la santé et l’accès aux soins

Trente ans après l’apparition du sida et alors que l’État vient de liquider le droit au séjour pour soins, l’épidémie démontre à nouveau que la santé est une arme au service d’un projet inégalitaire et hétéro-patriarcal. Désormais un étranger souffrant d’une grave pathologie et vivant sur notre territoire pourra être expulsé vers la mort par les autorités préfectorales. Ils sont environ 28 000 en France aujourd’hui. La santé est une arme géopolitique, elle permet de maintenir des populations entières dans un état de dépendance et de soumission vis-à-vis des pays dits du « Nord ».

La santé est une arme politique qui fait le tri entre les « bons » et les « mauvais » malades en fonction de critères racistes, sexistes, classistes et LGBTI-phobes. Elle ne leur donne pas le même accès aux soins et à la prévention et révèle combien l’universalisme affiché ne bénéficie en réalité qu’à quelques-unEs. Ces politiques inspirées et/ou secondées par les religions jettent l’anathème sur des groupes ciblés (trans, toxicomanes, prostituéEs, détenuEs) et des populations entières.

La santé est une arme économique, car la logique du profit l’emporte toujours sur la vie des personnes. Cette logique est rendue possible par la propriété privée des brevets médicaux, et induit la privatisation toujours plus grande des services publics de santé.

La santé est une arme hétéro-patriarcale, qui assigne les identités de sexe et de genre, qui pathologise, psychiatrise, généticise celles et ceux qui se retrouvent hors des normes.
De plus, les laboratoires pharmaceutiques font leur beurre sur le dos des malades, laissant littéralement mourir les populations dites du « Sud », en particulier les malades atteintEs du sida.

C’est pourquoi nous défendons :
- La dépathologisation des trans et l’accès libre aux traitements médicaux
- L’arrêt des mutilations des enfants intersexes et l’autodétermination
- La santé gratuite pour toutes et tous
- ­L’abrogation de la loi Hôpital patients santé territoires (HPST)
- La santé et les moyens de protection gratuits pour toutes et tous. Le développement et un financement public de la recherche sur la prévention et les traitements.
- La production et la distribution de traitements contre le sida à travers l’abolition de la propriété privée des brevets médicaux. L’expropriation, sans rachat ni indemnités, de l’industrie pharmaceutique sous contrôle des travailleurs, des associations de malades et de la population.
- L’interdiction du don de sang aux seules personnes ayant eu une réelle prise de risque.

Face aux oppressions mondiales, solidarité internationale !

À l’heure actuelle, neuf pays infligent la sentence capitale pour les personnes reconnues coupables d’entretenir des relations homosexuelles : l’Arabie saoudite, l’Afghanistan, la Mauritanie, le Soudan, le Nigeria, le Yémen, le Pakistan et les Émirats arabes unis, et l’homosexualité reste pénalisée dans 80 pays. Cette année encore, la Gay Pride de Moscou a été refusée par les pouvoirs locaux et les manifestantEs ont été attaquéEs par des groupes religieux et politiques extrémistes. La Gay Pride de Croatie a été prise à partie par 10 000 manifestants nationalistes et conservateurs, et celle du Monténégro a été annulée par les organisateurs car ils craignaient pour leur sécurité.

À l’heure des révolutions arabes, dans un contexte international de guerre impérialiste et de rhétorique du « choc des civilisations », les luttes et mouvements LGBTI se retrouvent parfois être un enjeu politique instrumentalisé comme symbole des valeurs occidentales. Les LGBTIphobies n’ayant ni religions ni frontières, il nous faut construire une véritable solidarité internationale, qui prenne en compte les réalités locales et qui soutienne les formes de luttes et d’affirmation dans leur diversité.

Pour cela, nous exigeons :
- L’application du droit d’asile pour les LGBTI victimes de violences, de répression et de persécutions
- La régularisation de toutes et tous les sans-papiers,
en couple ou célibataires
- L’abrogation des lois racistes sur l’immigration et l’asile.


Le Québec et son Plan contre l’homophobie

Le 20 mai dernier, le ministre de la Justice Jean-Marc Fourier a présenté dans un centre culturel du quartier gay de Montréal un grand plan d’action contre l’homophobie prévu sur cinq ans et pour lequel seraient investis près de 7, 1 millions de dollars canadiens. Cette initiative coordonne un grand plan d’action porté par onze ministères.

En effet, des campagnes de sensibilisation sont programmées pour 2012 et 2014. Ce plan d’action prévoit aussi la création d’un Bureau de lutte contre l’homophobie, ayant en charge l’articulation et la coordination des différentes actions, notamment entre les différents ministères. Le plan comporte d’importantes subventions pour les associations de lutte contre les LGBTIphobies. Par ailleurs, il est aussi prévu la création d’une chaire de recherche à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) dédiée aux recherches concernant l’homophobie, la deuxième du genre après celle de Harvard.

« Encore aujourd’hui, nous ne pouvons nier que l’homophobie est présente dans la société. Les mesures que nous annonçons aujourd’hui permettront de prêter main-forte à celles et ceux qui luttent contre l’homophobie et qui combattent quotidiennement les préjugés. »

Qu’un ministre de la Justice tienne ce discours devrait nous mettre la puce à l’oreille. On se doit de constater que l’égalité des droits, alors qu’elle est bien mieux appliquée au Canada qu’en France (pour rappel, la loi prévoit la possibilité de mariage et d’adoption pour les personnes de même sexe), n’est pas une solution miracle contre les LGBTIphobies ordinaires. Si cette revendication est essentielle, elle n’est jamais qu’une étape, et ne saurait être la garantie de la fin des oppressions que subissent les personnes LGBTI.

En France, on constate à travers le mot d’ordre affiché pour la Marche des Fiertés de cette année (« Pour l’égalité : en 2011, je marche, en 2012, je vote ») qu’une partie de l’Inter-LGBTI, tenue par des partisans socialistes, participe à cette politique qui transforment les personnes LGBTI en cibles électorales (comme l’UMP a pu le faire pour les élections de 2007, ou aujourd’hui le PS). On voit aussi que l’extrême droite, à l’image de la politique d’État néerlandaise, se sert de la communauté LGBTI pour impulser une politique xénophobe (Marine Le Pen n’hésite pas à dire que « dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même Français ou blanc », surfant sur la vague de la compétition entre les opprimés).

Il ne faut pourtant pas nous tromper de combat. Nous devons aujourd’hui encore nous battre contre le système sexiste et hétéro-patriarcal, instrument employé par le système capitaliste et marchand, pour nous dominer et nous imposer des normes et des places qui bafouent nos désirs et nos vies. Il faut refuser d’être une cible électorale qui sert à cautionner une politique qui viserait à stigmatiser une minorité au profit d’une autre, mais maintenir une logique de solidarité incompressible entre les différentes minorités opprimées.
Si ce grand plan au Québec est une belle avancée dans les luttes contre les discriminations envers les personnes LGBTI, il est à espérer que les actrices et acteurs locaux s’empareront de cet outil pour porter un discours réellement émancipateur.

Nos revendications

Contre les oppressions et les discriminations, un plan d’urgence maintenant !


- La création et le financement public, incluant la participation des associations LGBTI, de structures d’accueil, d’écoute, d’assistance et d’hébergement pour les victimes d’homophobie et de transphobie.
- Une allocation d’autonomie pour toutes et tous les jeunes et un revenu décent pour toutes et tous (pas de salaires, de minima sociaux et de pensions en dessous de 1500 euros net) pour pouvoir s’assumer hors du cadre familial.
- Le droit de se marier pour toutes et tous ainsi que l’égalité fiscale et les mêmes droits pour tous les couples, mariés, pacsés, en concubinage et les célibataires.
- Le droit pour toutes et tous à la filiation, à l’adoption et à la procréation médicalement assistée.
- Une réelle dépathologisation des personnes transidentaires. La suppression des tests dits de « vie réelle » et le remboursement intégral des traitements hormonaux et des opérations. Le changement d’état civil sur simple demande et la suppression de la mention du sexe sur les documents officiels et la carte vitale.
- L’arrêt des mutilations des personnes intersexuées.

 

Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 108 (23/06/11)


Pour prendre contact avec la commission LGBTI du NPA :
contact-lgbti@npa2009.org ou sur Facebook sur la page officielle : NPA LGBTI

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