Le blog du NPA82

Notre combat pour le droit au logement !

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Mercredi 21 septembre, 250 personnes ont répondu à l’appel d’Attac-Copernic pour assister au meeting unitaire « Se loger, on fait comment ? ». À l’origine de ce meeting, la grève des travailleurs du Samu social le 2 août dernier qui dénonçaient les fermetures de 40 000 places d’accueil en centre d’hébergement d’urgence, et leur isolement face à la gestion de la misère. Cette grève a donné naissance durant l’été au collectif « Urgence un toit », et à la volonté de mettre au centre du débat public la question du logement.


Collectifs de mal-logés et associations luttant pour le droit au logement ont dressé le constat dramatique du mal-logement : 10 millions de mal-logés (soit un habitant sur six de ce pays), 3, 5 millions de personnes dans la zone grise du mal-logement (hébergement chez un proche, dans une cave, une caravane, un habitat insalubre…) et 130 000 sans-abris. Mais au-delà du constat, collectifs de mal-logés et associations réclamaient des comptes et des engagements aux partis politiques présents (PS, EÉ-LV, PCF, PG, NPA). À l’affiche, Marie-Noëlle Lienemann, ex-ministre du Logement PS sous le gouvernement Jospin, a déclaré « prendre la mesure de la crise du logement » et a énuméré quelques mesures que le PS s’engage à mettre en œuvre en 2012 : taxation des plus-values financières, orientation par les critères de financement des nouvelles constructions vers des logements sociaux plutôt que des logements intermédiaires et fin des dispositifs de type Sellier.

Ces mesures vont dans le bon sens, mais sont bien évidemment très insuffisantes. Pour répondre au problème du mal-logement dans sa globalité, il faut tout à la fois prendre dès maintenant des mesures qui répondent à l’urgence de la situation et s’engager dans des constructions massives de vrais logements sociaux accessibles à toutes et tous car il n’y a pas de réponse au mal-logement sans constructions massives !

Le NPA défend un plan d’urgence en matière de logement qui combine des revendications immédiates mais aussi des mesures comme la construction massive de logements vraiment sociaux qui permettent de répondre durablement à la question du mal-logement. Et pour mettre en œuvre les mesures d’urgence, il est inutile d’attendre 2012, c’est ce que nous avons rappelé aux organisations politiques présentes à la tribune.

Pour reloger les expulsés de Boucicaut à Paris, les expulsés de la rue des Sorins à Montreuil, ou encore ceux de la barre Balzac à La Courneuve, et tous ceux qui sont à la rue, une solution simple et légale existe : l’application de la loi de réquisition ! Il y a plus de 2 millions de logements vides en France, pourquoi les maires des organisations politiques présentes à la tribune de ce meeting ne s’engagent-ils pas dans la réquisition de logements vides appartenant à de grands bailleurs privés et institutionnels ? Car de telles mesures seraient une remise en cause de la propriété privée. Or, nous, nous affirmons qu’un toit, c’est un droit !

Max Bess

L'intervention du NPA :

Le 2 août dernier, la grève des travailleurs du SAMU social a mis une nouvelle fois en lumière la situation dramatique des privés de logement en France. De 80 000 sans-abris en 2001, on est passé à 130 000 en 2011. Pourtant, en décembre 2006, le candidat Sarkozy montait au créneau : « Le droit à l'hébergement, c'est une obligation humaine. Si je suis élu, je veux que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid ». Comme quoi les promesses les années d’élection, ne restent bien souvent que des promesses… Loin des micros et des caméras de télévision, Sarkozy et son gouvernement, plutôt que de développer une politique qui se donne les moyens de régler tout à la fois la question de l’hébergement d’urgence et la question du mal-logement dans sa globalité, mènent une politique frontale de coupe des budgets et de démantèlement du logement social ! Une politique qui aggrave la situation du mal-logement et pousse dix millions d’habitants dans la précarité, la débrouille et l’habitat insalubre ! Car au-delà des situations humainement insupportables sur les trottoirs de la cinquième puissance économique mondiale, c’est plus d’un habitant sur 6 de ce pays qui souffre du mal-logement ! C’est donc la question du logement qu’il faut remettre au centre du débat public : le logement c’est un besoin de première nécessité, un toit c’est un droit ! Il faut imposer le droit au logement sur le modèle de l’éducation c’est-à-dire celui d’un droit garanti et égal pour tous.

Au vu de ce contexte, deux questions s’imposent à nous : pourquoi sommes-nous dans une telle situation ? Et comment en sortir ?

Pour tenter de répondre à la première question, il faut se pencher sur la place qu’occupe l’immobilier et le foncier dans l’économie capitaliste. Il n’aura échappé à personne que l’immobilier n’est pas un îlot de verdure au milieu d’un capitalisme ravageur… L’immobilier est une valeur refuge pour les petits propriétaires, un bien spéculatif comme un autre pour les capitalistes, soumis à la même règle que n’importe quel autre bien du secteur marchand : la règle de la rentabilité, la loi du taux de profit ! Ce n’est pas non plus un secteur annexe de l’économie capitaliste, ce n’est pas une valeur sûre vers laquelle on se replie seulement en temps de crise, bien au contraire c’est un secteur hautement spéculatif. La meilleure preuve de la place centrale qu’occupe l’immobilier dans l’économie on l’a eu en 2008 : l’élément déclencheur de la crise ce sont les subprimes, les fameux crédits hypothécaires aux Etats-Unis. Avec la crise, ce sont des millions d’américains, d’espagnols qui ont vu leur crédit immobilier s’envoler avant de se faire jeter à la rue. En France, les crédits hypothécaires n’étaient pas développés à la même échelle mais le projet de l’UMP par la voix de Sarkozy était en 2006 : « de rendre possible l’accession à la propriété pour tous notamment en développant le crédit hypothécaire ». C’est dire l’acuité de la droite française qui deux ans avant le début de la crise voulait développer en France les mêmes mécanismes qui vont conduire l’économie mondiale dans le mur. Mais plus globalement, ce sont les politiques conduites par les gouvernements de droite comme ceux dits de gauche qui depuis plus de quarante ans aggravent ou entretiennent cette situation, ces politiques qui reposent sur la croyance en le libre jeu du marché, ces politiques qui défendent l’idée que l’investissement privé permettra de résoudre la crise du logement : on en mesure aujourd’hui les résultats.

La première des urgences en matière de logement : c’est la construction massives de logements vraiment sociaux accessibles à tous et toutes. On doit développer une politique d’hébergement d’urgence à la hauteur des besoins pour ne pas laisser les usagers et les salariés du 115 seuls face à l’exclusion et à la misère, on doit développer une politique de rénovation urbaine avec un autre contenu que les projets ANRU, développer une politique d’aménagement urbain socialement et écologiquement cohérente. Oui, il faut développer tous ses aspects de la politique du logement. Mais si on ne s’attaque pas à la pénurie de logement, si on ne construit pas massivement des logements sociaux on soigne les symptômes, pas à la maladie. Il n’y a pas de réponse à l’hébergement d’urgence sans construction de logements vraiment sociaux. Car c’est aussi la casse du logement social qui crée l’engorgement des CHRS et des centres d’appel d’urgence. Pour la petite histoire, dans ma ville, je participe à un RéSEL (Réseau Stop aux Expulsions Locatives) pour lutter contre les expulsions. Lorsque une expulsion a lieu malgré la mobilisation du réseau et que l’on accompagne un habitant expulsé dans les bureaux des assistantes sociales de la mairie : la seule réponse que l’on peut nous donner c’est appeler le 115 ! Et bien évidemment, ce ne sont pas les assistantes sociales qui sont responsables de cette situation, mais les politiques menées depuis des décennies qui organisent la pénurie de logement.

Pourtant au lieu de construire massivement des logements sociaux c’est le contraire qui est à l’œuvre, on assiste aujourd’hui à une véritable marchandisation du logement social. André Yché président du directoire de la Société Nationale Immobilière, Entreprise Sociale pour l’Habitat (ESH), premier bailleur locatif français avec 260 000 logements dont 180 000 logements sociaux et un résultat net de 330 millions d’euros en 2010, déclare à qui veut l’entendre que le modèle du logement social est inadapté. Dans un article du Monde du 15 février 2011 : « ce que j’essaie de montrer, c’est que le modèle HLM, avec ses contraintes est en décalage avec un monde où la valorisation foncière et immobilière est la règle ». Puis d’ajouter : « A terme tous les groupes d’ESH devront devenir des opérateurs immobiliers globaux d’intérêt général qui obéissent à une logique d’entreprise ». On a donc le président du directoire du premier bailleur social de ce pays, financé avec de l’argent public puisque la SNI est une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui nous explique tranquillement que les bailleurs sociaux doivent chercher à accroître leur rentabilité et qu’en la matière les loyers moins chers que dans le privé et la précarité des revenus des locataires sont des contraintes avec lesquelles il faut en finir ! Le plus inquiétant, c’est que la SNI vient de racheter « Adoma », les anciens foyers Sonacotra à destination des publics les plus précaires, ou les « plus fragilisés » comme on le dit dans la novlangue technocratique… On imagine déjà la scène, un type débarque dans un foyer Sonacotra car il cherche une chambre. Le gérant du foyer l’accueille : « vous avez des garants ? Bah non… Il faut gagner trois fois le montant du loyer pour pouvoir prendre une chambre chez nous ? Mais je n’ai pas d’emploi pour l’instant mais… ». Bref, voilà le monde qu’un technocrate comme André Yché rêve de nous construire, un monde où le logement social s’aligne sur la logique de rentabilité du privé. Mais en disant cela André Yché n’est pas un mouton noir, ni même une brebis égarée dans les très verts pâturages du MEDEF, Benoit Apparu, ministre du mal-logement et brave soldat de la Sarkozye, déclare régulièrement que « le monde a changé et que les bailleurs sociaux doivent s’adapter ». Et pour cause, le logement social c’est un gros gâteau de 200 milliards d’euros par an, et il y a plus d’un capitaliste qui aimerait en croquer une part plus grande et vous pouvez faire confiance au gouvernement en place pour les aider à couper les parts. Mais plus généralement, la privatisation des ESH est un mouvement de fond, l’adaptation des bailleurs sociaux à la logique du privé et la marchandisation du parc social touche tous les ODHLM, tous les bailleurs municipaux, quel qu’en soit la couleur politique. En 2009, les pouvoirs publics, tous les pouvoirs publics (la région Ile-de-France, l’Etat…) ont laissé la société ICADE vendre 32 000 logements sociaux qu’elle gérait grâce à des fonds publics !

Alors quand on nous demande ce qu’il faut faire en matière de logement, on a envie de répondre : c’est très simple, exactement l’inverse des politiques qui sont à l’œuvre depuis plus de quarante ans !

On est donc aujourd’hui dans un contexte où le mal-logement est au plus fort avec 10 millions de mal-logés, avec 130 000 sans-abris et 3, 5 millions de personnes qui sont dans la zone grise du mal logement (hébergement chez des amis, dans la famille, dans des squats, dans des caves…). Un contexte où les expulsions locatives se multiplient en lien avec l’explosion du chômage et de la précarité. Un contexte qui nécessite la mise en place d’un plan d’urgence en matière de logement, un programme politique qui prenne en compte les besoins sociaux, c’est ce que le NPA porte dans les mobilisations aux côtés des expulsés de la barre Balzac à La Courneuve, des expulsés de la rue des Sorins à Montreuil et de tous ceux et toutes celles qui luttent pour faire avancer le droit au logement.

Le NPA défend un plan d’urgence qui combine à la fois des mesures immédiates pour répondre à l’urgence de la situation mais aussi des mesures qui permettent de répondre durablement au mal-logement. Les premières mesures immédiates, je commence seulement par les six premières :

  • L’arrêt des expulsions, l’expulsion est un droit moyenâgeux, c’est une violence sociale inacceptable. Avec la crise économique, la montée du chômage, de la précarité et la hausse des loyers même dans le logement dit « social » comment comprendre que l’Etat qui trouve des milliards d’euros pour sauver les banques laissent des familles, des hommes, des femmes, des enfants se faire jeter à la rue ?!

  • L’application de la loi de réquisition, c’est une mesure nécessaire et possible comme à Saint-Denis où des militants on réussit à installer des familles depuis deux ans dans un immeuble vide appartenant à La Poste. Il y a aujourd’hui plus d’un million de logements vides ! La loi de réquisition existe, exigeons son application ! On partage tous ce soir un constat d’urgence en matière de logement, donc soyons conséquent, tous les maires des partis politiques ici présent peuvent dès demain prendre des arrêtés de réquisition pour reloger des familles à la rue ou dans des hôtels sociaux. Pourquoi ne pas le faire ?!

  • Application de la loi SRU sous peine de non-éligibilité pour les maires.

  • Priorité donnée aux budgets des centres d’hébergement d’urgence, réouverture des 40 000 places fermées par le gouvernement et construction de CHRS à la hauteur des besoins sociaux.

  • Construction massives de logements vraiment sociaux et création d’un service public du logement qui regroupe en son sein l’ensemble des bailleurs sociaux. Afin de mettre fin au maquis des bailleurs sociaux (140 pour la seule région Ile-de-France !) et permettre un développement cohérent de l’habitat social en fonction des besoins des populations.

  • Plafonnement des loyers à hauteur de 20% des revenus de chacun car on ne doit pas se faire ponctionner la moitié de ses revenus pour avoir un toit au dessus de sa tête.

Un toit c’est un droit !

 

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