Le blog du NPA82

Pistes grecques : Apprendre de l'expérience par Jorge Costa

 

1. Syriza, référence politique d'un peuple en lutte
Le gouvernement de Samaras est confronté à un peuple qui a voté majoritairement contre le mémorandum de la Troika. Dans la Grande Athenes, où vit la moitié des grecs, et au sein de la population qui travaille, Syriza est le parti qui a obtenu le plus de votes et la gauche est largement majoritaire. Le nouveau gouvernement est faible et va appliquer une politique d'austérité. Aucun changement qui pourrait éviter le désastre ne sortira de la négociation avec Merkel. La gauche doit arriver rapidement au pouvoir. Seul Syriza a une proposition unitaire et un programme de rupture pour arriver au gouvernement.

 

2. Pas de demi-mesures dans l'époque des créanciers.
Après avoir repoussé la rupture avec le mémorandum, le parti Gauche Démocratique (Dimar) appuie maintenant le gouvernement de la troika. Dimar -écrivait Rui Tavares* en avril-, "c'est comme si au Portugal l'aile gauche du PS s'alliait avec l'aile la plus ouverte du Bloc de Gauche". Mais ni les bloquistes dont rêve Tavares, ni l'aile gauche du PS, ne méritent une telle injure.
Dimar a simplement été un instrument pour réabsorber une partie de la base perdue du PASOK en faveur du bloc pro austérité. Il va s'épuiser rapidement dans ce rôle. Et il arrivera la même chose à tout projet qui jouerait la carte de l'ambigüité sur le mémorandum de la Troika, car c'est la grande frontière politique qui traverse les pays sous intervention extérieure.
 
3. L'alternance : dernier des survivants ?
L'ascencion rapide de Syriza démontre l'absence d'alternative au sein de ceux qui appuient le mémorandum. En Grèce, cette prise de conscience a été accélérée par la présence du PASOK et de la Nouvelle Démocratie dans le même gouvernement qui a succédé à Papandréou. Après le 17 juin, PASOK et Dimar ont finalement choisi l'appui parlementaire au gouvernement de Samaras, même sans maroquin gouvernemental.
On le comprend. L'Establishment grec veut se recomposer après la grande peur électorale. Il vaut mieux une majorité pro-Troika au sein de laquelle les critiques pour une "austérité intelligente" puissent exister, qu'un gouvernement d'union nationale qui brulerait tout le monde en même temps. Un pouvoir faible, dans un pays dans une situation catastrophique, doit sauver le mécanisme de l'alternance afin de réduire l'espace de l'alternative. Reste à savoir si, même avec l'appui du PASOK et de Dimar, ce plan peut arriver à temps.

 

4. Plus jamais de nouveaux sauvetages.
L'effondrement du système politique grec a donné une leçon à ceux qui ont conduit aux macabres expériences du laboratoire grec : les plans de la Troika ne doivent pas montrer à la population leur propre inefficacité face aux objectifs proclamés.
Dans le cas portugais, face à l'échec total de l'évolution des recettes fiscales et du déficit, le plan de la Troika et du gouvernement est ... un deuxième assaut. Mais la même brutalité que celle appliquée en Grèce par la thérapie du choc sera menée de façon plus sophistiquée afin de contenir les dommages politiques. Les mesures les plus violentes seront introduites dans le budget de l'Etat et ne seront pas présentées comme des impositions de la Troika ou comme contreparties d'un plan de sauvetage. L'argent du prêt viendra après, sans être associé à l'aggravation de l'austérité. Ce sera alors une "marque de confiance" et une récompense pour les "succès" de ce pays qui "n'est pas la Grèce".

 

5. Attention aux "néo nazis"
Dans un article publié dans Publico dimancher dernier, Jorge Almeida Fernandes a tenté de minimiser les 7% du parti néo nazi. Pour lui, qualifier Aube Dorée de nazi serait un "abus historique" équivalent aux banalisations de ceux qui sont toujours disposer à trouver un nouveal Hitler dans n'importe quel pays de l'axe du mal. En Grèce, plutôt que "le patron idéologique du nazisme-racisme biologique, antisémite, anti-pluralisme-", le crime d'Aube Dorée serait "l'eurosceptiscisme et l'hostilité à l'euro"... et ce n'est pas du nazisme.
Les lecteurs de esquerda.net connaissent les caractéristiques de ce mouvement et sa campagne électorale, faite avec le sang des immigrés. Les prochains mois, montreront, malgré la suprise feinte de JAF, la fonction réelle des nazis grecs. Sera alors mis à jour leur coût en vie (et pas seulement celles des immigrés comme prévient Brecht), et leur proximité avec l'appareil répressif du gouvernement ("européiste" et "pro-euro") dans la lutte contre la gauche, entre autres traits typiques du fascisme en ascension.
Aube Dorée est une milice nazie formée de hooligans et de gangsters des cités. Il n'ont pas un million de membres, mais ils ont un demi million de voix et une société en désintégration devant eux. Le résultat n'est pas connu d'avance, mais ce qui existe déjà devrait suffir à éviter des interprétations hasardeuses.

 

Jorge Costa est journaliste et dirigeant du Bloc de Gauche du Portugal

- Article paru dans la revue Viento Sur : http://vientosur.info/spip/spip.php?article6883
- Traduit du castillan (Adrián Sánchez pour anticapitalistas.org) par Sébastien Ville pour gauche-anticapitaliste.org

- Note du traducteur (Adrian Sanchez) :

*Rui Tavares (Lisbonne, 1972) est historien et écrivain portugais, élu député européen indépendant sur les listes du Bloc de Gauche. Il a quitté cette formation en 2011 et s'est inscrit dans le groupe des Verts Européens.

- Crédit photo : DR

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