Le blog du NPA82

Séquestration à La Poste : amende avec sursis pour Besancenot et dix postiers

 Olivier Besancenot, le 8 avril 2011 à Onnaing, dans le nord de la France.

Olivier Besancenot et dix autres postiers ont été condamnés lundi à une amende de 1.500 euros avec sursis pour avoir séquestré des cadres de la Poste lors d'une occupation musclée des locaux de l'entreprise à Nanterre en mai 2010.
L'un des avocats des postiers, Me Antoine Comte, a immédiatement annoncé qu'il allait faire appel, déplorant "une décision incompréhensible" dans "un dossier où il n'y a absolument aucune preuve".

L'ex-leader du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Olivier Besancenot, a dénoncé "deux poids deux mesures dans ce pays" en matière de justice. "La rentrée sociale commence en partie ici. Tous ceux qui pensent nous intimider n'arriveront à rien", a-t-il déclaré.
Une petite centaine de personnes, majoritairement des représentants des syndicats Sud et CGT et des élus communistes, s'étaient rassemblées devant le tribunal de Nanterre pour réclamer la relaxe des quinze prévenus, qui n'ont eu de cesse de clamer leur innocence.
Selon Olivier Besancenot, ce jugement est "un signal fort", "n'importe quelle occupation pourra être transformée et maquillée en séquestration".
"On vit dans un pays où des hommes d'affaires et des hommes d'Etat peuvent se soustraire aux lois et à la justice", a-t-il lancé, en citant le règlement de l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais et le procès de Jacques Chirac.
Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné les onze postiers à payer chacun 500 euros de dommages et intérêts aux parties civiles et 150 euros pour frais de justice.
Les magistrats de la 17e cham bre ont en revanche relaxé quatre des prévenus et prononcé une relaxe générale pour "entrave à la liberté du travail".

Treize employés de La Poste, majoritairement des cadres de la gestion des ressources humaines, avaient accusé les postiers de les avoir séquestrés pendant plus de deux heures lors du conflit contre le projet "Facteurs d'avenir" qui prévoit notamment une restructuration de la distribution du courrier.
Après une ouverture en fanfare de ce procès le 20 juin, avec plusieurs personnalités politiques venus soutenir les prévenus dont Nicolas Hulot, Benoît Hamon et Arlette Laguiller, les débats avaient opposé, durant quatre jours, deux blocs persuadés de détenir la vérité.
Dans cette affaire, il n'y a pas eu d'enquête de police, mais une multitude de témoignages contradictoires et un constat d'huissier très critiqué par la défense pour son identification "dictée par La Poste" des prévenus, titulaires en grande majorité de mandats syndicaux.
A la barre, les plaignants avaient raconté parfois en larmes "la prise d'otage" durant laquelle ils avaient été "humiliés", certains allant jusqu'à parler de "terreur morale".
Balayant ces témoignages, Gaël Quirante, l'un des condamnés, a estimé qu'avec ce jugement "la direction de La Poste veut rouvrir la boîte de Pandore de la répression syndicale".
Pour l'avocat des parties civiles, Me Bernard Dartevelle, "ce jugement rappelle que, dans le combat syndical, on ne peut pas se tromper d'interlocuteur en s'en prenant à d'autres salariés et il sanctionne un type de pratique incompatible avec les principes de la République".
"Ce jugement, très équilibré, est satisfaisant car il oblige, sans dommages sur le plan pénal ou économique, ces syndicalistes à être plus attentifs à leur moyen d'action", a conclu Me Dartevelle.
Le procès en appel devant la cour d'appel de Versailles ne devrait pas se tenir avant la fin 2012.
Par Pauline TALAGRAND et Christine BERTRAND-NIELSEN

Pour Besancenot, sa condamnation est "une menace" pour les luttes sociales à venir

 
Olivier Besancenot a décidé de se battre contre le jugement qui l'a condamné, lundi 5 septembre. Avec quatorze autres postiers, il est accusé par des cadres de La Poste de les avoir séquestrés pendant près de deux heures et demie dans le cadre de l'occupation de la direction départementale des Hauts-de-Seine, le 10 mai 2010.

Joint par Le Monde.fr, l'ex-porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste a réagi : "Une grève avec occupation peut être transformée en séquestration, action que nous n'avons absolument pas faite ! C'est un signal politique fort, une menace, envoyé avant les mobilisations sociales de la rentrée et qui est fait pour faire peur."

M. Besancenot a été condamné à 1 500 euros d'amende avec sursis par le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) pour "séquestration". Le tribunal l'a également condamné ainsi que dix de ses collègues à payer 500 euros de dommages et intérêts chacun aux parties civiles et 150 euros pour frais de justice. Les magistrats de la 17e chambre ont en revanche relaxé quatre des prévenus.

 

 

CELA "POURRA ÊTRE UTILISÉ PAR LA POSTE POUR NOUS LICENCIER"

A sa sortie du palais de justice, l'ex-porte-parole du NPA, visiblement choqué, a protesté contre les lourdes conséquences pour lui et ses dix camarades : "Cette condamnation sera inscrite à notre casier judiciaire et pourra être utilisée par La Poste pour nous licencier."

Sur le fond, M. Besancenot voit dans ce jugement un grave précédent pour les luttes sociales à venir. L'ancien candidat à la présidentielle a donc décidé de faire appel de la décision. Son avocat, Me Antoine Comte, a ainsi déploré "une décision incompréhensible" dans "un dossier où il n'y a absolument aucune preuve".


LEMONDE.FR | 05.09.11 | 17h15 , Sylvia Zappi

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