Le blog du NPA82

Wade met le Sénégal en danger

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En contradiction avec la Constitution qui limite à deux les mandats présidentiels, Wade se presente pour la 3e fois à la tête du pays, provoquant en contestation inédite.

«Ma Waxoon, Waxeet » (Je l’ai dit et je me dédis), voilà une phrase qui restera certainement dans les annales de la politique récente du Sénégal et qui est déjà une chanson à succès qui anime les manifs anti-Wade. Je l’ai dit et je me dédis, c’est la seule explication d’Abdoulaye Wade pour sa promesse non tenue de ne pas concourir à un troisième mandat à la suite des changements de la Constitution qui interdit plus de deux mandatures.

En 2000, contre toute attente, Wade remporte les élections contre Diouf mettant fin à des décennies de pouvoir du Parti socialiste sénégalais, archétype du parti néocolonial aux ordres de Paris.
Le Sopi, « changement » en wolof, avait suscité d’immenses espoirs pour la population sénégalaise, mais au bout de cette aventure politique, c’est le désenchantement. Le pays s’enfonce dans la corruption avec notamment l’affaire de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci), dirigée par le fils de Wade, Karim, qui pour les seuls frais de fonctionnements, a coûté plus de 16 milliards de francs CFA. Il connaît une désorganisation grandissante, à l’image des multiples délestages d’électricité que subissent quotidiennement les populations. Les prix des produits de première nécessité explosent, le kilo de sucre de 500 FCFA est passé à 700, l’huile de 3 000 à 3 700 et la bonbonne de gaz a elle aussi augmenté de 500 FCFA. Le taux de chômage est de 49 %, l’espérance de vie atteint péniblement 56 ans et l’indice de développement humain place le Sénégal en 144e position sur 169, révélant la situation catastrophique du pays.

Un seul objectif : le maintien au pouvoir du clan
Si, à 85 ans, Wade est obligé de rempiler une troisième fois pour sept ans, c’est bien parce que ses plans de dévolution monarchique, comme le dit fort justement l’opposition, ont été systématiquement bloqués par la rue.
Dès les élections municipales, Wade impose son fils pour briguer la mairie de Dakar, et en faire une rampe de lancement vers le pouvoir. En vain, l’opposition remporte Dakar ainsi que toutes les grandes villes du pays. Devant cette déconvenue, Wade bricole les règles des élections en tentant de mettre en place un ticket président/vice-président, qui pourraient être élus dès le premier tour s’ils remportaient plus de 25 % des voix. Cette mesure met le feu aux poudres. Les grandes villes du Sénégal connaissent de véritables émeutes. Une structuration regroupant la société civile et les organisations de l’opposition se met en place : c’est le mouvement du 23 juin (M23). Wade est obligé de reculer. Sa dernière solution : faire avaliser sa troisième candidature par un Conseil constitutionnel aux ordres. Malgré les interdictions et la répression de la police et de la gendarmerie, qui ont fait six morts et des dizaines d’arrestations, le M23 et les jeunes de « y’en a marre » continuent d’organiser des manifestations et des rassemblements à travers tout le pays en maintenant ainsi le pouvoir sous pression.

Élections sous haute tension
Se sachant impopulaire, Wade a mené sa campagne en mettant les bouchées doubles, sillonnant le pays aux frais de l’État, renforçant son réseau clientéliste en distribuant aux notables des villages des centaines de milliers de francs CFA et en tentant de s’attacher le soutien d’un maximum de mourides, dignitaires religieux qui ont une grande influence dans la population. Mais cela pourrait être insuffisant et le pouvoir risque fort de recourir aux fraudes électorales comme en 2007 mais de manière bien plus massive, pour permettre à Wade de s’autoproclamer vainqueur dès le premier tour des élections présidentielles risquant de mettre le pays à feu et à sang.

Du côté de l’opposition, les principales candidatures sont celles de Macky Sall et Idrissa Seck, deux libéraux qui viennent directement du sérail de Wade.
Celle d’Ousmane Tanor Dieng pour le Parti socialiste sénégalais, et Moustapha Niasse, dirigeant de l’Alliance des forces du progrès, scission du PS qui a reçu le soutien de Bennoo Siggil Senegaal, qui regroupe la plupart des forces de gauche et d’extrême gauche.
Par les urnes ou par la rue, la population va reprendre le même conseil que Wade avait donné à Kadhafi, lors de sa visite à Benghazi : « Plus tôt tu partiras, mieux ça vaudra ».


lundi 5

Sénégal : situation sociale et politique.

2012 sera une année cruciale pour le Sénégal, pays de quelques 14 millions d’habitants et qui, fait assez rare en Afrique post coloniale, n’a jamais connu de coup d’Etat militaire. En effet, les prochaines élections présidentielles, normalement prévues en février 2012 risquent d’être très mouvementées. D’ailleurs, les représentations diplomatiques des pays occidentaux (notamment celles de la France et des Etats Unis) craignent le pire. Le Président sortant M. Abdoulaye Wade, après deux mandats (il a été élu en 2000 puis réélu en 2007), veut se présenter de nouveau.

Les opposants au régime de M. Wade l’accusent de ne pas respecter la constitution de 2001 qui limite le nombre de mandats à 2 alors que M. Wade considère que son premier mandat de 2000, obtenu avant la nouvelle constitution ne fait pas partie du décompte de mandats autorisés. Depuis plusieurs mois, un débat de constitutionnalistes fait rage à Dakar, tandis que des avocats français sont appelés à la rescousse par le Président Wade, qui compte se représenter coûte que coûte aux prochaines élections présidentielles. Il serait intéressant de savoir pourquoi cet entêtement du Président Wade (85 ans aujourd’hui) à maintenir cette candidature contestée qui risque d’entraîner son pays dans le chaos politique? Pourquoi cet homme qui a su conduire le Sénégal à l’alternance politique en 2000 (avec le soutien de plusieurs partis de gauche ou s’en réclamant) est devenu à son tour un acharné du pouvoir? Qu’est ce qui empêche M. Wade de sortir par la grande porte de l’histoire politique du Sénégal en confiant la responsabilité de son parti libéral à ses véritables héritiers politiques (dont son fils d’ailleurs) et de les laisser briguer le fauteuil présidentiel? La question est simplement légitime et la réponse très simple: Wade veut certainement remporter les élections de 2012 puis partir en laissant le pouvoir à son fils comme l’en accusent d’ailleurs ses opposants (l’ancien parti au pouvoir le Parti Socialiste, ses anciens alliés de 2000 et plusieurs autres partis comme Yoonu Askan Wi[i] réunis dans la coalition Benno Siggil Sénégal[ii])?

En tout cas, tous les actes posés par Wade semblent l’indiquer. Comme sa tentative déjouée de changer la constitution (de nouveau) en 2011 et d’imposer un couple Président-Vice Président ainsi que le quart bloquant aux prochaines élections présidentielles de 2012. Le mouvement M23 qui est né à la suite des contestations du 23 juin 2011 contre ce projet inique de Wade pourrait bien être l’épine qu’il ne pourra pas retirer de son pied.  

En effet, cette coalition, qui regroupe des partis d’opposition du pays, la société civile et des mouvements citoyens (comme le mouvement « Y’en a marre»[iii]), pourrait faire de l’ombre à l’opposition traditionnelle sénégalaise. En effet, six mois après sa création, il faut bien se rendre à l’évidence; le M23 pose un problème réel de conscience aux Partis d’opposition réunis autour de la coalition Bennoo Sigil Sénégal (qui n’est d’ailleurs pas arrivée à présenter une candidature unitaire en décembre). La nervosité que le M23 confère au Parti Démocratique Sénégalais (PDS), le parti de Wade, est la preuve ultime du poids de ce mouvement né des contestations sociales de juin 2011 et qui ne compte pas hypothéquer sa dynamique.

Pendant ce temps, la situation sociale est toujours la même pour les populations (les seules véritables victimes du régime libéral de Wade) qui tentent de s’en sortir comme elles peuvent grâce à la débrouillardise. La crise économique européenne fait craindre une nouvelle dévaluation du Franc CFA[iv] (celle de 1994 a été un véritable traumatisme) tandis que les Western Union des migrants pour soutenir leur famille restée au pays se font de plus en plus rares à cause de la situation économique dramatique de l’Espagne et de l’Italie (qui regroupent une bonne partie de l’immigration économique sénégalaise). De plus, Les délestages d’électricité ne sont toujours pas complètement réglés malgré les promesses de Karim Wade, nommé ministre de l’énergie en mai 2009 par son père après ses déboires aux élections municipales et rurales de mars 2009 (il est battu dans son propre bureau de vote à Dakar). La tentative de dévolution monarchique de M. Wade semble donc bien réelle, elle est même dénoncée par son ex-premier ministre Idrissa Seck, emprisonné pendant plusieurs mois par le régime de Wade (pour détournement de fonds publics) puis libéré, aujourd’hui candidat contre son ancien père spirituel libéral.

En décembre 2011, il y avait déjà plus de 20 candidats déclarés dont deux issus de Benno Siggil Sénégal (ensemble pour relever le Sénégal), l’alternative la plus crédible à gauche pour battre le parti au pouvoir. Mais avec deux candidats déclarés(le PS n’a pas accepté le vote de désignation du candidat qui ne lui a pas été favorable), l’opposition semble donner du crédit aux sénégalais qui jugent les hommes politiques peu crédibles et sans parole. Malheureusement, ce sont bien les héritiers de M. Wade, notamment Idrissa Seck et Macky Sall (ses ex Premier Ministres devenus opposants) qui vont profiter des divisions de l’opposition. L’opposition sénégalaise de gauche, après avoir porté un libéral au pouvoir pour faire partir le Parti Socialiste (qui est resté 40 ans au pouvoir) va-t-elle de nouveau servir de tremplin aux héritiers légitimes de ce régimecette fois ci pour faire partir M. Wade? Les partis politiques de la gauche radicale (RTA/S[v]; Yonnu Askan Wi[vi], UDF-Mbolo MI[vii], Ferñent / Mouvement des Travailleurs Panafricains – Sénégal) doivent continuer à approfondir cette troisième voie qui a été une généreuse idée vite oubliée au nom de la sacro-sainte alliance contre M. Wade.

 

Moulzo


[i] Ce parti issu de la scission d’AND-Jeff PADS (Parti Africain pour la Démocratie et le Socialisme) est un parti ami du GTA/NPA.

[ii] «Ensemble pour relever le Sénégal».

[iii] Voir Afriques en lutte n°13.

[iv] Voir article sur le Franc CFA dans ce numéro d’Afriques en lutte.

[v] Rassemblement des Travailleurs Africains/Sénégal.

[vi] Mouvement pour l’Autonomie Populaire.

[vii] Union pour la Démocratie et le Fédéralisme.


Sénégal :Du « Sopi » de 2000 au « Y’en a marre » de 2011

Le mouvement «Sopi» (changement en Ouolof) qui porta au pouvoir Abdoulaye Wade (3ème Président de la République du Sénégal) était soutenu en grande partie par la jeunesse sénégalaise. En effet, après 40 ans de pouvoir socialiste, la jeunesse sénégalaise, qualifiée de «malsaine» par l’ex-président Abdou Diouf, en avait assez de subir la toute puissance du Parti Socialiste sénégalais fondé en 1960 par Léopold Sédar Senghor, père de l’Indépendance du Sénégal. Son successeur Abdou Diouf, qui avait pourtant ouvert le pays au multipartisme intégral n’en était pas moins très loin des réalités du pays. Enfermé dans sa tour présidentielle, il n’écoutait plus que ses conseillers politiques pour qui tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La surprise fut donc totale en mars 2000 lorsqu’il se retrouva au second tour des élections présidentielles face à Abdoulaye Wade le libéral, soutenu par une coalition hétéroclite de partis politiques pour la plupart se réclamant de la Gauche. Mais cela n’a été possible que grâce à la mobilisation historique de la jeunesse sénégalaise à travers le mouvement «Sopi» (slogan du Parti Démocratique Sénégalais- PDS, le parti d’Abdoulaye Wade).

Dix ans plus tard, «le vieux» (comme l’appelle affectueusement les Sénégalais) est devenu à son tour, après deux mandats présidentiels, l’homme à abattre pour cette même jeunesse. Les élections de 2007 qui ont reconduit Abdoulaye Wade (85 ans aujourd’hui) au pouvoir sont contestées par l’opposition sénégalaise (composée en partie de ses anciens alliés de 2000). En boycottant les élections législatives qui ont suivi, l’opposition sénégalaise a ouvert un boulevard à Abdoulaye Wade qui obtint la majorité des sièges de la place Soweto (Assemblée nationale sénégalaise) et en profita pour changer la constitution selon ses désirs. Deux de ses ex-premiers ministres, devenu parias du PDS, quittèrent à leur tour le bateau libéral pour rejoindre l’opposition pour l’un ( Macky Sall et son parti Alliance Pour la République- APR) ou pour créer un parti se réclamant toujours du PDS pour l’autre ( Idrissa Seck et son Rewmi- le peuple), tandis que Abdoulaye Gadio, l’ancien ministre des affaires étrangères de Wade ( de 2000 à 2009) rejoignait à son tour l’opposition. Toutes ces défections sont semble t-il liées au super pouvoir que le Président a accordé à son fils Karim Wade, qui avec son mouvement « La Génération du Concret» se taille la part du lion en se positionnant en héritier de son père. .Karim Wade est l’actuel ministre d’Etat, ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie. Cette tentative de dévolution monarchique est d'ailleurs au cœur de la contestation du 23 juin 2011 portée par l’opposition, la société civile mais aussi par le groupe de rap sénégalais Keur Gui (la maison en Ouolof) de Kaolack (une ville du sud-est du Sénégal) et par d’autres rappeurs comme Malal Almamy Tall dit «fou malade».

Le mouvement «Y‘en a marre» du groupe de Rap Keur Gui, lancé le 19 mars 2011 ( date anniversaire de l’alternance au Sénégal en 2000) voulait s’approprier cette date historique portée en partie par la jeunesse sénégalaise et ne pas laisser le pouvoir d’Abdoulaye Wade la revendiquer à son seul compte. Le mouvement prône des valeurs qui tournent autour «de l'engagement individuel dans une communauté civique, de la moralisation du politique, de l'acte de citoyenneté, exercé dans les canaux traditionnels de l'institution», résume Séverine Awenengo Dalberto, historienne au Centre d'études des mondes africains et spécialiste du Sénégal. Le combat de front que mena ce mouvement le 23 juin 2011 lors de la tentative du président Wade de changer la constitution pour se garantir le pouvoir est le fer de lance de la force de «Y’en a marre» dont certains membres ont été interpelés violemment par la police tandis que le mouvement M23 qui est né à la suite de cette journée de mobilisation peut effectivement conduire à une nouvelle alternance en 2012.

« Ma carte, mon arme» est d’ailleurs un des slogans de la campagne Daas Fananal ( se préparer en conséquence ) lancée par le mouvement «Y’en a marre». Le recul du Président Abdoulaye Wade ( qui a renoncé à son projet de changement constitutionnel et au ticket Président-Vice Président) a montré que la mobilisation populaire reste la plus grande arme contre le pouvoir politique. D’ailleurs le PDS en a conscience et tente aujourd’hui de contrer le M23 en organisant une grande action de ses partisans le 23 juillet. L’opposition sénégalaise, regroupée autour de «Benno Siggil Sénégal - BSS» ( Ensemble pour relever le Sénégal) tente à son tour de s’approprier la contestation populaire mais débordée de toute part par des mouvements citoyens ( Imams , rappeurs), n’arrivant pas à trouver une candidature unitaire, elle ne représente pas vraiment l’alternative qu’attendent les jeunes sénégalais. Beaucoup d'hommes politiques sénégalais sont en réalité en fin de parcours politique. Ces hommes, dont la plupart n’ont de carrière que la politique sont loin des difficultés du peuple. L’alternance, la vraie, doit être politique. Une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques doit se manifester afin de poser sur table les vrais problèmes de la jeunesse sénégalaise qui représente plus de la moitié de la population. Et les rappeurs du mouvement «Y’en a marre» ainsi que beaucoup d’autres jeunes issus de ces mouvements populaires ont leurs mots à dire. Doivent-ils sauter le pas et créer des mouvements citoyens et/ou politiques? Pourquoi pas si c'est l'unique moyen de ne pas perdre du crédit et d' éviter de se faire rouler encore une fois dans la farine par les politichiens de tout bord?

 

Moulzo




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