Le blog du NPA82

De Hénin-Beaumont à Toulon : combattre le Front national ?

 

La poussée de l’extrême droite et l’extrême droitisation du débat politique n’est pas un phénomène franco-français. À la faveur de la crise, il s’affirme dans toute l’Europe. Depuis 2010, les extrêmes droites réalisent une percée électorale de manière synchrone. Des scores de plus de 20 % en Autriche, Suisse, Norvège, et plus de 15 % en Finlande, Hongrie, France et Pays-Bas, permettent de mesurer l’étendue de la gangrène. Les élections en Grèce ont porté au Parlement le groupe néonazi Chryssi Avghi (Aube dorée).
Les dernières élections françaises ont désormais entériné la restructuration du Front national mené par Marine Le Pen : 17,9 %, plus de 6 millions de voix.

Le mouvement ouvrier n’ayant pas subi de défaite globale décisive, une panique impressionniste serait injustifiée.
Mais il ne faut pas non plus se rassurer à peu de frais. On lit ici et là que la situation n’est pas grave car elle n’aurait rien à voir avec celle des années 1930. Les conditions historiques produisant des fascismes de circonstance, les parallèles sont toujours hasardeux. Si l’extrême droite a actualisé ses modalités d’intervention, elle n’en demeure pas moins un danger. Le FN, bien qu’organisationnellement encore faible, pèse déjà lourd. Il a réussi à installer dans le débat d’idées des propositions phares de son programme, à commencer par le rejet des immigrés, l’islamophobie, la préférence nationale. Il a pesé sur la politique effective menée par l’UMP au pouvoir. Il a gagné en influence et en solidité dans une fraction importante des classes populaires. De plus, Marine Le Pen porte une stratégie différente de celle de son père et une recomposition avec les fractions les plus réactionnaires de l’UMP en crise est plus que jamais possible. La politique d’austérité version Hollande peut le renforcer, dès lors qu’il se présentera comme une opposition à la gauche ultralibérale.

 

Unité dans les mobilisations et dans l’action politique

Des mobilisations unitaires antiracistes et antifascistes de l’arc le plus large possible des forces politiques et sociales de la gauche doivent permettre de donner une visibilité à une argumentation fouillée qui démasque le caractère nocif du FN : une version libérale autoritaire qui vise à perpétuer les mécanismes de domination inhérents au système capitaliste.

Plus substantiellement encore, la tâche des antifascistes ne peut se penser décorrélée de l’action politique. La question sociale doit être remise au centre du débat. Par définition, les luttes sociales ont un effet « mort aux rats » pour les fascistes. Durant la bataille des retraites, le FN a disparu de la scène politique. Les anticapitalistes doivent prendre en charge les tâches de renforcement de la gauche radicale, la construction d’une alternative rendant favorables les conditions de luttes, en toute indépendance des forces politiques « austéritaires », discréditées aux yeux de franges de la population séduites par le FN. C’est un élément supplémentaire qui légitime le choix de construire une force politique anticapitaliste, écosocialiste qui élargit l’arc regroupé dans le Front de Gauche.
Si on se débarrasse des œillères du sectarisme, on peut reconnaître que c’est la campagne du Front de Gauche qui a été le plus efficace pour contrer le FN lors de la présidentielle. Électoralement, le FN recule dans beaucoup de grandes villes et, par exemple, dans cinq villes de banlieues très populaires (Grigny, Vaux-en-Velin, Saint-Denis, la Courneuve et Aubervilliers), où par ailleurs le FdG fait des scores. Le FN régresse donc là où il existe un tissu social et militant.

 

Hénin-Beaumont, une bataille antifasciste emblématique

Le FN peut progresser encore aux législatives, créer l’événement, voire obtenir des élus en dépit d’un mode de scrutin défavorable. Le choix de présenter Jean-Luc Mélenchon face à Marine Le Pen à Hénin-Beaumont peut être discutable et présente un risque. Néanmoins, la médiatisation d’un argumentaire anti-FN et antiaustérité lancé par Mélenchon servira la cause antifasciste, surtout dans une circonscription populaire frappée de plein fouet par le chômage.
Des membres de la direction du NPA, dont ceux de la Gauche anticapitaliste, ont proposé sans succès qu’il n’y ait pas de candidature du NPA dans cette circonscription. Dans environ 220 circonscriptions sur 577, il n’y aura pas de candidature NPA. Pourquoi s’acharner à Hénin-Beaumont où Philippe Poutou n’a recueilli que 1 % ? Quel est l’intérêt de faire un tout petit score mais qui peut priver Jean-Luc Mélenchon de voix qui peuvent lui être précieuses ? L’argumentation de la majorité qui s’y est opposée est en rupture nette avec la tradition antifasciste portée par la LCR et jusqu’alors par le NPA. La direction du NPA explique que ce sont 30 ans de politiques libérales menées tour à tour par la gauche « institutionnelle » et la droite qui sont responsables de la montée du FN. Mélenchon dans le même sac que le PS et l’UMP en somme. Un Mélenchon qui vient d’entamer sa campagne en indiquant que les ennemis de la classe ouvrière ne sont pas les collègues de travail arabes mais le patron ! À l’inverse de la politique de division, sectaire et étriquée, menée par la direction du NPA, il faudrait au contraire l’unité la plus large de la gauche de combat afin d’aider le Front de Gauche à donner le retentissement maximum à cette bataille en la liant à des mobilisations dans la population.

À Hénin-Beaumont, votons Mélenchon !

 

Fred Yermia et Fred Borras

Gauche Anticapitaliste

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