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Les propositions de Bruno Le Maire : un programme à 0 euros… qui va coûter cher aux salariés 

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La proposition de Bruno Le Maire de faire supporter le financement de la protection sociale par l’impôt est une nouvelle attaque contre les salaires.

Chargé par Sarkozy de préparer le programme de l’UMP pour 2012, Bruno Le Maire annonçait à l’Express un projet qui « coûtera zéro euros au pays ».
Dénonçant un « État Providence à bout de souffle », il opposait deux méthodes pour « dégager des marges financières » : « Soit par la réduction des dépenses : c’est notre choix. Soit par l’augmentation des impôts : c’est le choix du PS ».

Et il lançait deux ballons d’essai à la veille du « campus » de rentrée de l’UMP : le financement par l’impôt (fiscalisation) des allocations familiales et une nouvelle réduction de l’indemnisation du chômage en commençant par les cadres. L’accueil a été réservé, mais cette proposition risque fort de réapparaître prochainement au nom de l’urgence créée par la dette, et de la nécessité de rassurer « les marchés ».
La fausse alternative « réduction des dépenses ou augmentation des impôts » n’est qu’un habile tour de passe-passe permettant d’escamoter le véritable enjeu : en finir avec une protection sociale financée par des cotisations sociales.

Le Maire le reconnaît à sa manière quand il affirme « Nous ne pouvons pas continuer à avoir un financement de la protection sociale qui repose à 60 % sur le travail et à 40 % sur les impôts ».
Les cotisations sociales (315 milliards d’euros soit un quart de la richesse annuelle produite en France) ne sont en effet pas un impôt mais la partie « immergée », non directement visible du salaire, le salaire « socialisé ». Elles servent à payer, en fonction des besoins, les soins, les salaires de remplacement en cas de maladie maternité, les retraites ainsi que l’entretien et l’éducation des enfants (allocations familiales).
Et quand Le Maire affirme la nécessité de réduire la part des cotisations sociales, il devrait pour être honnête reconnaître qu’il s’agit tout simplement de baisser la part des salaires… pour augmenter celle des profits dans la richesse produite.

Tout en poursuivant l’offensive contre les retraites et l’assurance maladie, les propositions de Le Maire visent à ouvrir de nouveaux chantiers de démolition de la protection sociale.
Fiscaliser les allocations familiales, c’est-à-dire les faire financer par l’impôt (curieuse proposition quand on prétend ne pas augmenter les impôts !), permettrait d’exonérer les patrons des 30 milliards de cotisations sociales versées actuellement, et d’en reporter la charge pour l’essentiel sur les salariés.
Mais il s’agit aussi d’en finir avec les droits pour tous les salariés qu’a créé la protection sociale : « L’État ne peut plus se disperser. Il doit aider ceux qui en ont réellement besoin », affirme Le Maire. Il remet ainsi en cause le droit pour tous les salariés à l’indemnisation du chômage, aux moyens d’élever leurs enfants, en y substituant l’assistance. C’est le retour à la charité d’État pour les plus pauvres, (s’ils font des efforts pour la mériter)… complétée par des assurances individuelles pour ceux qui en ont les moyens. C’est la même potion libérale que celle appliquée aux retraites ou à l’assurance maladie, mal dissimulée derrière l’annonce de s’en prendre d’abord aux « cadres ».

Il est essentiel de combattre ce discours populiste. Il prétend ne donner qu’à ceux qui en ont besoin, mais n’a d’autre but que de casser les droits sociaux essentiels conquis de haute lutte. Nous y opposons l’alternative d’un financement de l’ensemble de la protection sociale par la part dite patronale des cotisations, c’est-à-dire par du salaire.


Jean Claude Delavigne,

publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 115 (15/09/11)

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